Le mieux, l'ennemi du bien ?

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On se questionne souvent sur les nouveaux médias. Les problématiques posées relèvent autant des contenus que des usages liés. Mais nous arrive-t-il de nous interroger sur les plus anciens médias ? Par ancien, je ne parle pas de la télé, qui est un média jeune ; par ancien j'entends parler du papier, du livre. On l'oublie, parce qu'il est intégré à tous les niveaux dans notre société, mais les supports de l'écrit non numériques sont un des piliers qui ont fait nos sociétés. Le papier et le livre ont permis, pendant quelques millénaires maintenant, d'amener la civilisation à un haut degré de développement par la circulation des informations, la communication à l'autre bout de la planète, l'enseignement, la conservation des données, etc.

Il n'est pas question ici de remettre en cause le numérique par rapport à l'analogique. Fondamentalement, l'objectif d'un support est plus important que le support lui-même, et comme il ne serait pas venu à l'esprit de conserver le cheval au détriment du cheval vapeur pour, il est inconcevable de rebrousser chemin et de faire transiter nos messages par courrier postal au détriment du mail par la simple raison que le papier serait meilleur que la donnée numérique.

Cette vidéo diffusée sur youtube est intéressante. Elle nous force à nous demander l'apport réel des technologies.

Le livre numérique multimédia présenté ici est agréable ; c'est beau, amusant, etc. Mais quel est l'apport réel de l'interactivité ? Celle-ci est très légère. Ce n'est pas une réaction de l'objet sur une "demande" essentielle du lecteur, mais une gadgétisation des usages interactifs possibles (je bouge le livre, l'animation bouge). Les livres pour enfant le font déjà depuis longtemps, en déployant des "découpages 3D" sur une double page ou en permettant à l'enfant d'ouvrir des tiroirs. L'intérêt éducatif est moteur : aider l'enfant à manipuler, réfléchir et agir en fonction.

Qu'en est-il d'un livre animé sur un écran ? La question se pose également pour les écrans tactiles. Considérer que l'enfant apprendra de la même façon à lire et manipuler au travers d'un livre papier et d'un livre interactif c'est se tromper. La manipulation des objets est importante à l'enfant pour appréhender le monde, ses sens, etc. La manipulation d'un système interactif ne crée pas les mêmes connexions dans le cerveau de l'enfant : il ne laisse apparaître aucun lien physique réel entre l'acte et le résultat (j'appuie sur un bouton sur l'écran, une action s'en suit : le lien cause-conséquence contient un certain rapport virtuel, ne passant pas par tous les sens, notamment le toucher). Le rapport au monde de l'enfant en est perturbé.

Le livre a également une particularité unique, sans pour autant remettre en question les avantages de la lecture à l'écran : il est le seul média capable, au travers d'une seule information, de déployer un système complexe de représentation mentale, d'imagerie intérieure. 

L'apport d'autres médias dans le livre lui-même (musique, animation, interaction) ne modifie-t-il pas profondément les capacités du média, alors même qu'il est pensé pour le compléter ?

Ne devrions-nous pas systématiquement nous interroger sur les incidences d'un média chez l'enfant, avant d'apprécier trop rapidement qu'il est un plus pour l'adulte ?

Ce blog est encore jeune, et les commentaires ne sont pas une habitude, mais j'aimerais lire des avis sur ces deux dernières questions.