Macron le champion

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Que n'a-t'on pas lu et entendu depuis qu'Emmanuel Macron est apparu dans nos vies, avec le profond désir de les transformer selon sa seule et unique vision passéiste. Macron, c'est Jupiter, comme il se surnomme lui-même. Macron, c'est le seul choix possible. Macron, c'est une intelligence rare, exceptionnelle et une profondeur hors norme. Macron, c'est une complexité que nous ne pouvons pas atteindre. Macron, le Champion de la Terre... Toute une mythologie créée de toute pièce, un culte de la personnalité qui n'a rien à envier aux plus célèbres modèles du genre.

Mais en parallèle de la construction médiatique de ce héros national, il y a ses propos. Car Macron dit des choses, beaucoup. Du texte, et énormément de sous-texte. Beaucoup de ses vérités qu'il assène continuellement comme pour nous assomer, nous amener au silence et nous réduire à l'écouter blablater. Voilà ce qu'était son grand débat, tout sauf un débat, un écran de fumée, un autel pour sa parole. C'est dans ce cadre que Macron vient de tenter son dernier éclaircissement, comme si nous ne savions pas que faire et que penser sans lui ; dans un contexte de manifestations pour le climat, et bien entendu contre sa politique, il nous invite à le rejoindre dans sa complexité :

"Les dénonciations, on est au courant. Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c'est sympathique, mais ce n'est pas le problème."

Notez bien le choix des mots. Sympathique. Il y a, pour Macron, ceux qui réfléchissent et qui bossent, et qui n'ont pas besoin qu'on leur rappelle ce qui ne va pas. Et il y a ceux qui manifestent, c'est gentil, mais ça va maintenant : il y a des gens qui bossent ! Macron balaye d'un revers de la main ceux qui le contredisent. "Ce n'est pas le problème". Mais alors, si ce n'est pas le problème et que le saint patron des andouilles présidentialisées a réfléchi et bossé, au point de nier que sa politique puisse poser problème, que nous dit-il du haut de sa splendeur ?

"On doit rentrer dans une forme d'action collective".

Notez ici le "on", un sujet très cher à Macron, il revient sans cesse dans sa bouche. Le sujet qui n'en est pas un. Celui de la dépersonnalisation ultime. C'est tout le monde et ce n'est personne. Parce que pour Macron, "on" c'est nous, mais ce n'est pas lui et ses copains. Pour Macron, "on" est ce qui lui permet de nous faire croire qu'il s'inclut dans les réformes, alors qu'il n'est que le sujet qui fait passer ses réformes de classe.

"Je préfère que tous les vendredis on fasse de grandes opérations de ramassage sur les rivières ou les plages corses".

Vous voyez : encore un "on". Pensez-vous vraiment que lorsqu'il dit cela, Macron s'inclut et inclut ses ministres, ses ministères, ou au hasard les grands patrons ? Pensez-vous que la clique ira tous les vendredis faire le ménage, sans les caméras et plus longtemps que le clic d'une photo ?

Mais ce n'est pas l'essentiel. Macron confirme surtout ici un des problèmes du capitalisme, bien malgré lui. Car si Macron a compris ce qu'il vient de nous dire, il est d'un cynisme effrayable et un ennemi des peuples ; s'il ne l'a pas compris, il est l'imbécile parfait qu'attendaient les grands capitalistes de ce monde et les lobbys. Car macron confirme ici que ceux qui ne peuvent pas changer massivement le mode de production capitaliste, pollueur, gaspilleur et dangereux, doivent être encouragés par ceux qui le peuvent (lui, au pouvoir, aux manettes) à poser de simples pansements sur les conséquences de ce mode. Le mode de production est un vrai problème, Macron le refuse et nous demande d'arrêter de le lui dire et nous impose de nous taire et de ramasser les déchets...

A cela, il n'y a pas de meilleure conclusion qu'une citation empruntée à Christophe Alévêque : "A quoi ça sert d'être brillant, si c'est pour s'éclairer le cul ?".