Approche de l'éducation aux médias

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L'éducation aux médias est une discipline complexe qui traite à la fois des domaines techniques, des comportements du quotidien et des relations individus / individus et individus / médias. Cette complexité et son ancrage très marqué dans le quotidien social, sociétal, et de toute façon familial, l'imposent aux parents. Laisser cette éducation exclusivement à l'école ou à toute autre institution, c'est ne pas comprendre cet impact fort.

L'éducation aux médias relève, selon moi, de deux pans indissociables : les matières, les sujets d'un côté  et les méthodes pédagogiques et la réflexivité de l'autre.

Les matières, c'est tour à tour ou à la fois l'enfant et la télé, l'identité sur internet, etc. ; elles ne manquent pas. 

Les méthodes pédagogiques sont bien sûr classiques (pour un pédagogue, j'entends) ; rien n'est inventé, même si on peut noter un mariage naturel, allant presque de soi, avec les TIC, et par là-même une préférence souvent affichée pour les méthodes socio-constructivistes, les pédagogies actives.

La réflexivité est à mon avis essentielle comme liant, pour une prise en compte de l'inévitable évolution des médias, des supports, des comportements, etc.

Pour comprendre ce caractère indissociable, il est intéressant de prendre un exemple : vouloir éduquer à l'Internet, c'est bien entendu prendre en compte les connaissances techniques de l'outil (Qu'est qu'un site ? Comment rechercher une info ? Etc.) Mais enseigner / faire apprendre ses connaissances ne suffisent pas à faire prendre la mesure de ce qu'est Internet et de la façon dont on peut l'utiliser. Il faut alors amener à prendre conscience de rouages complexes ; on parle alors des comportements et du relationnel. On parle des éventuelles dérives, etc. J'aime bien, à ce titre, parler des notions d'usages qui amènent automatiquement à se concentrer sur un néologisme très osé : l'abusage (abus / usage). C'est pour cela que les méthodes pédagogiques et la réflexivité sont importantes : parce que les méthodes permettent d'adapter le sujet à la façon dont il doit être compris et qu'il permet d'amener l'apprenant à réfléchir sans user de recettes ou de conseils tout faits et prônés par l'enseignant  (ce qui s'avère inefficace), et que la réflexivité permet à l'apprenant de prendre du recul et d'opter pour une approche à long terme de son apprentissage.

Pour conclure ce regard rapide sur l'éducation aux médias, je vous citerai Pierre Dillenbourg et Patrick Jermann qui nous disent dans un livre consacré à la pratique des TICE (la citation est donc un peu sortie de son contexte) : « Ce que sera Internet dans nos écoles n'est pas écrit, il dépend certes d'une évolution technique que nous ne contrôlons pas, mais il dépend surtout des pratiques pédagogiques que nous développerons. Ne prédisons pas le futur, inventons-le ! » (1) Dans cette phrase, je vois un hymne au non-pompage, à l'imagination dans le « comment apprendre / comment enseigner ». J'y vois aussi une dénonciation de la façon dont aujourd'hui on enseigne les TICE et l'éducation aux médias : sans imagination, sur des préceptes nationaux, dans l'attente de programmes et contenus officiels : bref, toujours avec plusieurs crans de retard, et jamais dans la réalité du moment.

(1) "Pratiquer les TICE, former les enseignants et les formateurs à de nouveaux usages", Roger Guir, de boeck, Bruxelles, 2002