Arracher aux déterminismes...

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Il n'y a pas de théorie du genre. Ce sont des extrêmistes qui le prétendent. Ces rumeurs sont issues de nébuleuses d'extrême droite proches de Dieudonné et autres Soral ! Comment peut-on être aussi idiot pour croire cela ? Quelle tristesse ! Quelle déchéance de la pensée !

Tout cela a été entendu à propos de la théorie du genre à l'école. Les médias et les politiques se sont affolés que des familles aient cru une rumeur. Et les voilà partis à tenter de démonter en bloc, de façon quasi-militaire, toute ébauche de question ou de réflexion à ce sujet. Et de faire ressurgir les ignobles Dieudonné et Soral taxés tour à tour, sans qu'ils puissent s'en défendre puisqu'on leur interdit de le faire en pleine lumière, d'antisémites black-blanc-beur, de négationnistes et d'anti-républicains. La messe est dite, ce sont des affreux et ne peuvent avoir raison. Sur rien.

Mais voilà : ce n'est pas aussi simple que cette ritournelle politico-médiatique. Il y a bien une théorie du genre. Il y a bien une surpuissance des lobbys dans nos assemblées parlementaires et auprès des gouvernements. Il y a bien une école à la dérive.

L'ABCD de l'égalité est un programme qui vient de loin. Il a été pensé de longue date et s'appuie sur une véritable vision de refonte de la société et en cela il doit se voir comme la continuité du mariage pour tous. Ce programme s'appuie en premier lieu sur des textes européens ; le dernier en date est le rapport Escrela dont le processus démocratique est plus que contestable (rejeté par les députés, il est remis sur les rails par les hauts-fonctionnaires de la Commission Européenne). Ce rapport, qui ne peut pas se cacher d'être l'accouchement du Lobby LGBT, est une spoliation de plus de notre capacité en tant que peuple à décider de l'orientation de notre nation. Il "invite les États membres à veiller à ce que l'enseignement de l'éducation sexuelle soit obligatoire pour tous les élèves des écoles primaires et secondaires" et de faire "particulièrement attention aux questions du respect de la femme et de l'égalité des genres" sans prendre la peine de définir égalité et genre. Il "souligne que l'éducation sexuelle doit inclure des informations non discriminatoires et donner une image positive des personnes LGBTI, afin de soutenir et de protéger effectivement les droits des personnes LGBTI". Le choix du terme "image positive" peut passer comme normal car il n'est pas question de discréminer. Mais il n'est pas dit que la même image positive doit être donnée des personnes non LGBTI, et c'est en ce sens qu'une certaine neutralité aurait été plus entendable et qu'il faut voir dans le terme "positif" sons sous-sens capitaliste. Car il s'agit d'une des caractéristiques essentielles qui est rarement citée du capitalisme de tendre à tout rendre positif ; en effet, le capitalisme étant la recherche illimitée de croissance, il doit donner une image positive de ce qui permettra cette croissance. Et il n'est plus besoin de démontrer l'importance de l'argent dans les lois... Ce document se termine par un paragraphe intéressant : "Bien que la tendance générale soit une lente amélioration des programmes en matière d'éducation sexuelle, le partage d'objectifs communs et de meilleures pratiques entre États membres de l'UE pourrait contribuer à faciliter l'harmonisation des normes en matière d'éducation sexuelle, ainsi qu'à une amélioration de la santé sexuelle et génésique de tous les jeunes Européens." La chose est entendue, il ne s'agit pas d'égalité dans son sens généralement accepté, il s'agit d'uniformisation à l'échelle Européenne. Nous parlons donc là d'une volonté d'ignorer et d'effacer les cultures nationales et régionales dans le but d'un grand marché.

C'est fort de ce mouvement et très certainementheureux de renforcer son aura auprès de minorités (car il a perdu la classe ouvrière, ce dès avant les dernières élections présidentielles) que le socialisme de gouvernement s'est engagé dans l'ABCD de l'égalité. Officiellement, il s'agit de réduire le poids des stéréotypes et de réduire les inégalités qui s'y rapportent. L'axe principal d'attaque est l'école. Non pas l'entreprise et le système d'embauche, l'industrie et la production, la publicité et ses dérives, non... l'école. Commençons par ancrer dans la tête des petits ce que doit être la société de demain. Un hold up culturel dont ne se cache pas La Ministre des droits des femmes, Najat Vallaud Belkacem, qui concidère qu'il est du devoir de l'école et de la loi de marquer les évolutions de la société. Elle oublie que l'école est un lieu de transmission des savoirs et qu'il lui appartient d'inscrire l'enfant dans une société plus âgée que lui ; ce respect de la temporalité est essentiel au risque que les savoirs ne soient plus partagés car n'ayant pas le temps de l'être pour plus d'une génération. L'école ne doit pas être là pour dire à l'enfant ce qu'est la société d'aujourd'hui.
De quelle égalité parle-t-on ? Chacun constate que la société française n'est pas égalitaire. Les disparités de richesse et d'accès au minimum vital, aux savoirs, à la culture, aux services, sont énormes et partout. Il s'agirait donc ici de tordre le cou à l'égalité des sexes en faisant prendre conscience de la problématique du genre, en l'inculquant aux plus petits. Pas question de travailler sur l'égalité elle-même dans l'entreprise, dans les salaires, etc. C'est une farce. Il ne s'agit pas plus de cette égalité là que d'imposer la théorie du genre. J'en veux pour preuvre les divers travaux effectués par syndicats et lobby LGBT. Il existe un document, accessible sur cette page, qui nous montre ce dont il s'agit réellement. Il s'agit de lutter contre les LGBTphobies. Ce document est très intéressant car, outre le fait qu'il conclut très rapidement par des outils pédagogiques complets présents dans l'ABCD de l'égalité et donc expérimenté actuellement, il donne la dimension du glissement sémentique opéré. Y sont exposées des réflexions théoriques qui ont tous les défauts d'un vulgaire choix subjectif. Il est nullement question ici d'un état de l'art (qui correspondrait à ce que dit la recherche sur le genre) mais de quelques avis habilement choisis et présentés sous la forme d'interviews. Rien de scientifique.

Nous sommes en présence d'un abus de pouvoir, grotesque et dangereux, irrespectieux de ce que doit être une culture (c'est à dire une construction par les gens et non à marche forcée). Nos politiques jouent avec le feu et nos enfants. Cette politique est empreinte d'une idéologie forte fidèle au propos de Vincent Peillon qui veut "arracher les élèves à tous les déterminismes, familial, ethnique, social". Ne dirait pas mieux quiconque voudrait élever une armée obéissante. Il s'agit d'uniformisation ignorante et méprisante des choix des familles. Le culte de l'individu seul, libre car unique, et une fois convaincu d'être libre car arraché aux déterminismes il sera libre de consommer. Car c'est là l'ultime but de ces mesures.

Nous sommes, sous couvert de lutte contre l'homophobie, empêchés de discuter. Hors, il y a un biais énorme. Nous sommes contraints d'oublier la construction culturelle et la destruction de tous les noyaux qui font la société. La nation est détruite, on nous répète qu'il faut penser europe et monde ; les régionalismes et les cultures et langues locales sont détruites ; l'économie locale n'intéresse personne, il faut être mobile et flexible ; et maintenant la famille, dernier noyau de construction culturelle, est remise en cause. Tout cela finira par glorifier l'individu aculturé, prêt à s'adapter au monde et à son économie (au sens premier comme au sens large). Cet individu n'aura aucun noyau protecteur : pas de culture familiale (au-travers de laquelle la transmission intergénérationelle des savoirs et de la culture était une réponse éthique, philosophique, émotionelle, etc.) Place à l'école de la République, solution unique à tout pour tout uniformiser, de façon programmatique, froide, étatique, détachée de toute culture et de toute transmission intergénérationnelle. Pas non plus de culture locale, car l'éloignement des grands-parents dans tous les sens du terme ne le permet plus ; plus aucune transmission des savoirs et de la culture, car les "vieux" sont loin des foyers familiaux et loin de chez eux, dans des maisons pour "vieux" dans lesquelles l'institution les déracine totalement et leur réinvente une vie artificielle faite d'activités clés en main et d'éloignement des autres générations; Pas de culture nationale non plus, puisqu'être anti-européen et anti-mondialiste est presque un déli.

Pour se convaincre qu'il y a anguille sous roche, il suffit d'écouter parler les défenseurs de cet ABCD. Aux premières lignes Belkacem et Peillon.
Belkacem déclarait en 2011 dans 20minutes :  "La théorie du genre, qui explique «l'identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d'aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l'homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets." avant d'ajouter : "L’école doit redevenir un sanctuaire". C'est dit. L'acte est religieux, marqueur important de la religion laïque. Mais la même, en juin 2013 pour défendre le projet déclarait : "La “théorie du genre” n’existe pas. Ça n’existe pas. En tout cas je ne l’ai jamais rencontrée. Quand on parle de genre, ce qui existe, c’est les “études de genre”. [...] Vous avez en effet des chercheurs qui s’intéressent à la façon dont la société organise une relation d’inégalité entre les hommes et les femmes. [...] Je soutiens les études qui portent sur ces sujets. En revanche, de théorie du genre, je ne connais pas."

Peillon, de son côté, lâche quelques missiles sur une télé israélienne : il y confond allègrement et volontairement tout. Il y a d'un côté les méchants et de l'autre les gentils. C'est du simple story telling, il nous raconte une histoire à gober, à la disney. La différence, c'est que le peuple n'y voit jamais la fin. Mais pendant qu'il lâche les chiens sur les méchants, plus personne n'est autorisé à parler du fond.

La théorie du genre à l'école ? Oui, les documents l'attestent. Et plus tard ? Ecoutez-vous-même...