Ce film est une merde, lisez Stiegler !

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Le film d’animation « sausage party » est arrivé en France, produisant deux effets contraires : le premier est la colère d’associations qui ne comprennent pas que le film ne soit interdit qu’aux moins de 12 ans. Le second est une masse imbécile d’idolâtrie bête et faussement intellectualisée.

Oui, je prends partie. Je prends partie car j’ai vu ce film pour adultes et ma conclusion est sans appel : « ce film est une merde », pour reprendre les propos du journaliste interpelé par Odile Deray dans le film « la cité de la peur ». Mais à la différence de ce monsieur, je vais écrire à son propos.

Pour être honnête, ayant vue la scène finale du film sur internet, je ne me suis pas déplacé dans une salle obscure pour visionner ce qui m’apparaissait dès lors comme un film à ne pas voir. Mais voulant comprendre qui des associations ou des journalistes se rapprochaient le plus de la réalité, j’ai regardé la version québéquoise. Certes, les traductions québéquoises et françaises sont toujours différentes, mais au vu du nombre de vulgarités du film qui accompagnent souvent un choix de « prise de vue » sexiste et lui-même vulgaire, la version française ne peut qu’être édulcorée par rapport à l’originale. Le fond reste, les images aussi.

Ce film est vulgaire, c’est un fait. Le texte d’abord : les « là-bas on va enfin fourrer », « ils éjaculent dans nos faces », « suce mon p’tit bout rose », « c’est pas évident quand j’ai la tête dans le cul et que tu me touilles les couilles », « Tu veux m’embrasser putain de ta mère, alors je vais te baiser comme jamais on t’a jamais baisé. » et les multiples « chier », « merde » et l’anglophone « what the fuck » en font un film mal écrit destiné à un public adulte immature qui saura facilement tomber dans le l’humour graveleux de la fausse subversion. Un caissier traite une cliente de « p’tite mère baisable » qui ne trouve pas autre chose à dire que « une p’tite mère baisable ?! Merci, vous être bien gentil ». Tout un symbole de grossièreté et d’improbabilité dignes des clichés du film porno. Mais dans ce film, tous les personnages, humains comme objets (les personnages principaux sont des objets de consommations, objets et aliments) se plaisent à considérer le sexe, dans toute sa mesure et sa démesure, comme l’alpha et l’omega de toute chose.

Car le sujet du film, lui-même, pose question : les objets de consommation nous considèrent comme des Dieux qui les conduisent, une fois choisis, vers un paradis dans lequel le sexe sera la norme.

Autre approche choquante du film, dans la mesure où la France a choisi de le rendre accessible aux plus de 12 ans, le rapport systématiquement explicit, débridé et non averti aux relations homoxesuelles. L’homosexualité n’y est décrite que sur la forme du sexe et les relations sous-entendues n’y sont jamais réfléchies et n’expriment strictement aucune complexité du sujet. Deux hommes, deux femmes peuvent baiser, what the fuck : c’est en substance le propos.

Un aliment-femme à un autre aliment-femme : « j’éprouve pour toi des sentiments entre les cuisses. » « quoi ? » répond l’autre. « Désolée, mais je ne suis pas une tortilla, je suis une Taco huileuse en chaleur. » « T’as pas à t’excuser du tout. Honnêtement si les règles étaient différentes peut-être bien que j’essaierais. On ne ferme pas la porte sans l’avoir ouverte. » Notez la performance des dialoguistes, c’est fin et abouti. Un sentiment est confondu avec une pulsion « entre les cuisses », réduisant, s’il en était encore besoin, l’un à l’autre. Je ne saurais trop conseiller au lecteur la lecture de Bernard Stiegler sur le rapport entre pulsion, capitalisme et société de consommation afin de confondre les scénaristes devant le tribunal de la finesse.

Finesse toujours, et passage en force encore : « c’est pas exactement ce que je voulais, mais fuck après tout ! Un trou c’est un trou. » dit une poire à lavement. Si vous ne l’aviez pas encore compris, les enfants de 12 ans révolus pourront à travers ce film comprendre que, même s’ils ne se sentent pas homo, ils ont le droit de goûter au sexe avec une personne du même sexe qu’eux. 12 ans ?

Cela fait quelques années qu’apparaissent, dans les séries américaines, de plus en plus de scènes de ce genre où, malgré les 1% d’homosexuels dans la population, ils se retrouvent partout et où les actes bi deviennent monnaie courante. Il devient même régulier de se dire « ha, c’est lui (ou elle) » qui l’est. Que mon sentiment ne soit pas détourné de son sens : loin de moi les idées homophobes, loin de moi l’idée de ne pas laisser une place à de telles images dans les films et les séries. Mais il me paraît évident que les lobbys gagnent en puissance pour de tels passages en force. Mon avis est simplement qu’ils ne gagneront pas la guerre contre l’homophobie ainsi et qu’au passage les 99% d’enfants en devenir hétérosexuel n’ont pas le besoin d’être confrontés aux images et aux textes de ce « sausage party ». En tant que parent je m’y oppose même formellement. Les jeunes homosexuels doivent être défendus et protégés dès lors que leur mal être est confronté à des violences de la part d’un environnement hostile. Bien évidemment. Mais cela ne doit pas passer par un matraquage continuel d’une homosexualité omniprésente qui devient accessible aux plus jeunes.

La scène de fin du film est grandiose. Grandiose de cette absurde démonstration pornographique : des personnages se masturbent (eux-mêmes et les uns les autres) en regardant un couple s’ébattre. Une multiplication de scènes de coït gay et lesbiens. Des pratiques sexuelles très explicites, tout le catalogue porno en promo y compris sado-masochisme et partouze se terminant par un « je n’ai plus rien dans les couilles ». Du grand art de débilité ou le sens n’a plus court mais que la France juge regardable par des enfants de 12 ans.

C’est un choix.

Il est temps de confronter la description que j’ai faite du film aux commentaires des journaux français.

Tout d’abord, la critique qui revient presqu’à chaque concerne, non pas le film, non pas la limite d’âge mais les critiques des associations. A l’image du titre du figaro « un film que digère mal la Manif pour tous », la presse a fait un choix : il y aura critique absolue et continuelle de la Manif pour tous et de la France que la presse juge conservatrice et homophobe. Point final.

Ensuite, si elle reconnaît que le film est pour adulte, la presse nie totalement le caractère pornographique du film. Il faut croire que la presse ne lit plus et qu’elle ne sait pas que la pornographique n’a pas besoin d’être filmée pour en être. Elle peut être écrite, elle peut-être un film d’animation. Les japonais le savent bien, un des courants manga s’appelle les Hentaï, des films d’animation ouvertement affichés comme pornographiques. Certes, « Sausage Party » se cache derrière la dérision et de soi-disants sens cachés, il n’en est pas moins vrai que le visionnage d’une partouze reste le visionnage d’une partouze et qu’il y a pornographie dès lors qu’il n’est pas acceptable de montrer à des enfants des images qu’ils ne pourront pas comprendre. Paris Match va jusqu’à considérer que «les scènes les plus salées concernent principalement des saucisses et du pain à hot dog », minimisant des images pourtant des plus explicites.

Conséquence directe de ce refus de voir la pornographie, aucun journal n’est choqué de constater la seule interdiction du film aux moins de 12 ans. Tout roule. Je ne peux m’empêcher pour ma part de constater amèrement qu’il s’agit de la même presse qui accepte, encore il y a peu, le mélange obscure entre publicité et sexe (sérieusement, lisez Stiegler à propos de la pulsion…), et de la même presse qui ne parle jamais ô grand jamais de la profusion de pornographie dans les smartphones des collégiens, des dérives sexuelles qui en découlent et de l’absence totale d’adultes sur le sujet.

Cerise sur le gâteau, que je ne commenterai pas tellement cela me semble inutile de commenter les tentatives inespérées de journalistes à se considérer intellectuels, les inrocks nous donnent à réfléchir, ou pas : « C’est toute la condition humaine qui se voit ici balayée, entre deux blagues scatos et des élucubrations de tacos, de son système de désir à ses mécanismes de contrôle, de ses grands récits coercitifs à ses stratégies de libération – ces dernières se concentrant dans une ultime séquence d’anthologie dont on se souviendra, fort longtemps, comme celle de “l’orgie anti-consumériste des produits de consommation”. Il ne reste plus qu’à espérer que cette fable soit visionnaire. » Et la petite phrase de Télérama dont je cherche encore le sens : « la comédie s'achève en énorme partouze et prouve qu'avec ima­gination et talent les pires produits industriels peuvent frôler la métaphysique. »

Pour terminer ce qui a déjà trop duré, je souhaiterais tordre le cou à l’idée, que la presse semble comprendre dans un élan d’échauffement des synapses, selon laquelle le film serait intelligent car il serait une fable nous faisant réfléchir sur la société de consommation et la religion : pour la dernière, le film ne fait qu’un parallèle grossier et assez peu drôle entre les religions humaines et celles des objets. Ce n’est pas fin et ça ne dit rien d’autre que « la religion, c’est de la merde et une manipulation organisée, baisons plutôt. » Sérieusement, regardez ce film, il ne dit rien d’autre à ce sujet. A propos de la société de consommation, le film ne fait que plonger au contraire dans l’adoration de la consommation, à commencer par le sexe bien entendu. Aucun personnage n’a réellement de caractère intéressant, la plupart ne sont attirés que par le sexe, d’autres aussi par leur apparence. Les pulsions sont magnifiées, et là, sérieusement, lisez Stigler !

MISE A JOUR du 20-01-2017
J'ai finalement visionné en travers le film en version française (non québécoise). En travers car j'ai autre chose à faire... je suis allé voir les scènes dont il m'intéressait de connaître la traduction. La scène du caissier est parlante : je me doutais, en y repensant, que la traduction canadienne "p'tite mère baisable" devait venir de l'anglais MILF. MILF signigie "mother i'd like to fuck", autrement et vugairement dit "une maman que j'aimerais bien baiser". Il faut préciser que ce "terme" est une pure construction de l'industrie du porno, arrivée peu à peu dans le langage courant, par un passage en force dans la presse d' "information", généralisée, voire sportive. Comprenez par là que ce terme est arrivé par la petite porte de la même façon que le surf féminin est commenté dans le journal l'Equipe : des vidéos de surfeuses en maillot de bain, surfant parfois, posant souvent dans des positions héritées elles-mêmes de l'industrie porno...
Bingo ! La traduction française est "cette MILF a fait tomber une poire de lavement" "oh, comme vous y allez ! MILF, j'vous remercie !" Bravo les gars ! Les parents d'enfants de 12 ans apprécierons...
Pour le reste, la traduction est aussi vulgaire et porno, presque à l'identique. A la différence surprenante qu'elle est même parfois plus "hard". Je vous laisse juge des citation suivante... Les "héros" se branlant devant un couple qui copule dans la scène finale, l'un d'eux dit : "à vrai dire on est en train de se la taper entre potes". Un autre, quelques secondes plus tard dans une partouze : "goûtez ma grosse queues, pétasses. Vous aimez que je vous claque la rondelle ?"