De l'évaluation

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Aujourd'hui, je tente une approche sociale de l'évaluation d'un apprentissage portant sur l'éducation aux médias. Comment évaluer ce qu'a appris un enfant dans le cadre d'un tel enseignement ? L'approche "proposée" en France par l'Education Nationale est plutôt classique : plus le niveau des B2i et C2i est élevé, plus l'évaluation passera par une notation d'un test sur table (ou sur ordinateur s'il est proposé dans sa forme informatisée).

Si je dois convenir de l'importance pour un mammouth devant rendre des comptes à l'échelle nationale de généraliser et standardiser ces évaluations, je ne peux que douter de leur efficacité réelle. 

Je me souviens d'une anecdote. Au lycée, on nous avait fait plancher, dans le cadre d'une dissertation, sur la violence des dessins animés à la télé. La dissertation devait être présentée selon un modèle standard de la pensée bien connu : le pour, le contre, la synthèse (thèse, anti-thèse, synthèse). Vous aurez bien compris que c'est le sujet-même de la dissertation qui m'a fait repenser à cela, mais ce qui m'intéresse n'est pas tant le sujet que la façon dont l'exercice était évalué. Il était évalué sur la capacité de chacun à exposer des idées et les hiérarchiser selon le modèle imposé, et il était évalué individuellement. La correction se déroulait ensuite via un exercice de style de l'enseignante visant tout simplement à exposer ce qu'il ne fallait pas faire, et ce qui aurait dû être fait. 

Le problème, s'il en est qu'un, de ce type d'évaluation (qui correspond fort bien à un enseignement de type transmissif) c'est qu'il ne permet pas à l'enseignement d'atteindre une portée sociale et humaniste, pourtant fort nécessaire lorsque l'on parle d'éducation aux médias.

Actons tout d'abord que la matière ne s'arrête pas au simple emmagasinement d'informations techniques. Elle intègre tout un tas de données relevant de l'ordre de la réflexion, du comportemental, de l'usage, qui ne sont pas évaluables de la même façon et qui ne peuvent pas se circonscrire dans un simple "bien / pas bien".

Actons ensuite qu'évaluer individuellement permet de noter chaque individu en fonction d'un travail individuel rendu et d'élaborer un classement des individus. Je pense que tout n'est pas évaluable par une note sur base d'un test technique. On voudrait interdire aux mal notés de ne jamais évoluer et rester dans leur "ignorance", les amenant à un rang social défini selon une norme, qu'on ne s'y prendrait pas autrement : un enseignement purement technique avec peu d'évaluation de l'enseignement et de son efficacité ; un test technique ; un exposé transmissif en guise de feedback. Et rien d'autre. 

Qu'est-ce alors que la portée sociale et humaniste ?

Cela consisterait :

  • à intégrer dans l'enseignement de l'éducation aux médias : réflexions, comportements et usages ;
  • à veiller en permanence à évaluer l'enseignement, pas simplement l'apprentissage. Cette matière, l'éducation aux médias, touche tellement à l'usage qu'il faut impérativement remettre continuellement en question ses méthodes d'éducateur ;
  • à se donner pour objectif premier l'apprentissage par les pairs, afin que les apprenants acquièrent ce que les autres ont compris au travers de l'enseignement ou maîtrisent déjà : des notions théoriques, techniques, mais aussi des réflexions, des notions relevant du comportement face aux médias et de leur usage ;