Derrière ce qu'on en dit

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Depuis de nombreuses semaines, il a été question de Dieudonné et de son antisémitisme. Rarement il ne fût autant question de ne pas démontrer ; il semble acquis pour la très grande majorité des personnes autorisées à s'exprimer que son antisémitisme est un fait. Ayant, pour ma part vu tous les spectacles de cet « être infâme », considérant qu'il va très loin dans l'humour, jusqu'à choquer, mais considérant aussi que la liberté d'expression n'a pas les limites que le système tente de lui imposer, j'ai eu mal. J'ai eu mal à la liberté de penser et de s'exprimer, j'ai eu mal pour mes enfants car le monde qui se profile devrait tous nous faire peur. Nos démocraties qui n'en sont pas sont en train de fermer les portes, de resserrer les lignes, d'asseoir des certitudes et d'exiger consentement et efforts. Que je sois clair : les pouvoirs s'affolent parce que laisser dire et penser à l'échelle d'Internet, c'est prendre le risque de perdre une bataille dans la lutte des classes. Au moment où les « riches » la gagne et où il est prévu pour bientôt la disparition de la classe moyenne, c'est à dire une paupérisation extraordinaire de la population, il ne leur est pas permis de laisser un trublion alerter les masses.

J'exposerais donc ici plusieurs informations pas ou peu relayées pour démonter la pensée unique.

Je vais donc tâcher de faire un état des lieux précis des spectacles de Dieudonné en commençant par démonter ce qui, à mon avis, a fait le plus peur aux pouvoirs : la quenelle. Dieudonné et ses défenseurs nous disent (et soyons francs d'emblée, je les rejoins) qu'elle est un geste antisystème, certainement grossier dans sa signification première (il s'agit d'un doigt bien placé, mais en plus gros) mais surtout très clair dans la forme puisque le bras croisant l'autre indique à quel niveau le bras (en guise d'épine dans le pied pour rester poli) vise à être enfoncé là où il est question que ça fasse mal. Les opposants au geste se sont immédiatement et durablement joints au premier qui déclara qu'il s'agissait « presque d'un salut nazi, d'ailleurs c'est l'inverse », souhaitant ainsi le qualifier de geste antisémite sans même comprendre que la formulation de « salut nazi inversé » devrait justement évoquer un anti-nazisme.
Alors qu'en est-il ? 
La première fois que Dieudonné utilise la quenelle, c'est en 2005 dans le spectacle « 1905 » à la 24ème minute où il parle de l'espèce humaine et dit : « Très très grave erreur. On est pas du tout des êtres humains. Ca c'est ce qu'on nous a vendu, qu'on serait sapiens sapiens. Pourquoi pas sapiens sapiens sapiens. Nan nan, on est juste des mammifères, c'est tout. Et crois moi que le règne mammifères nous observe. Surtout en ce moment... Mais tous les mammifères nous regardent, ils sont en train de s'organiser, Jacky. Le Dauphin quand il voit un homme maintenant, il se fout de notre gueule ! Parce qu'il le sait lui, que sa nageoire il va nous la foutre jusque là, Jacky. » Dans le même temps, il fait le geste.
Ensuite, il le reprendra en 2008 dans le spectacle « j'ai fait le con ». Une première fois lorsqu'il évoque en début de spectacle le baptême de son fils dont le parrain est (ou serait) Jean-Marie Le Pen. Il dit « Vous avez vu comment ils ont marché les médias ?! Hè jusque là, je leur ai mis jusque là ! » puis « Et il [Jean-Marie] m'a fait ça gratos, hein. Il m'a dit « si on peut leur [les médias] glisser une quenelle j'suis avec vous [faisant le geste]. Ha ben on leur a rangé la barquette tout au fond. » évoquant très clairement dans ses propos un pied de nez aux médias pour qu'ils parlent de lui (il s'en sera expliqué plus tard d'ailleurs, notamment dans une émission de « ce soir ou jamais »). Puis, revenant sur le commentaire que Julien Dray en avait fait à l'époque, commente l'action de ce dernier à SOS Racisme par : « Ouais c'est le mec d'SOS Racisme. Remarque, lui il nous l'a mis jusque là, bien comme il fallait. » en faisant la quenelle. Dans le même spectacle, avant la fin de la première demi-heure, parlant des Pigmées il dira « Ils sont en train de mourir dans l'indifférence générale les gars... Tout le monde s'en fout, ils n'ont aucun pouvoir d'achat. C'est sûr que Madoff il les a pas baisés eux, hein !... Lui aussi il en a glissé des quenelles, comme il faut hein ! ».
En 2009, dans le spectacle « Sandrine », avant la fin du premier quart d'heure il évoque la façon dont le CRIF l'attaque : « Sous la pression du CRIF... On est tout en haut, hein. Je te cache pas que c'est décidé en Israël directement. Et là, moi, ils veulent éradiquer mes spectacles. Hein, y'a un projet de solution finale. Et donc leur projet c'est de ne plus jamais me voir dans une salle de spectacle. Ils font pression sur les maires, ils les menacent et tout : risque de trouble à l'ordre public. Moi, c'est pour ça je fais ça dans un autocar. Ben oui, parce que rassemblement interdit dans un lieu public d'accord, mais dans un autocar t'as les pneus. [il fait une quenelle] Quenelle de 150 ! ». C'est la première fois que la quenelle est évoqué dans le contexte qui lui est reproché. Mais il est très clair que la quenelle est un nouveau pied de nez aux tentatives d'annulation des spectacles.
Place au spectacle « Mahmoud » en 2010, dans le premier quart d'heure il parle de la façon dont l'histoire est racontée, tordue, manipulée pour aller dans le sens des pouvoirs en place. Il dit « C'est Fernand Nathan qui l'écrivait l'histoire moi, quand j'étais petit. Connard ! Ha nan nan ! Je sentais la quenelle arriver le gars... [geste de la quenelle] ». Il n'y a ici aucun négationnisme, mais une analogie sur la façon dont est écrite l'histoire. Il n'est pas le seul à le dire et à le penser ; l'historiographie elle-même nous dit comment la science historique a évoluée en fonction des pouvoirs en place et comment nos constructions mentales, encore aujourd'hui, sont construites sur des bases volontairement tronquées. Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui ? Cette question que pose nombre d'historiens, il la pose à son tour. Négationnisme ? Non, puisque juste avant cela, il évoque la Shoah sans la nier. Nous y reviendrons.
Dernière quenelle de ce spectacle : « A partir du moment où Bush, Merkel, Blair, tout ce ramassis de merde lui crachait à la gueule je me suis dit « ouh ! C'est lui le patron... Donc, j'lui envoie un cv. Cher Mahmoud, je pratique le glissage de quenelles depuis quelques années, de manière artisanale... Je désire intégrer une équipe motivée (rire). » Nan, j'fais un sketch chez fogiel dans une émission de merde, quelques années plus tard je me retrouve chez Mahmoud. T'imagine un peu la promotion. On a parlé quenelle pendant une heure et demie. Bon, je lui ai parlé de mes quenelles, j'lui ai dit que je fais de la quenelle de 175. J'arrive à faire de l'épaulée, mais bon... Ca, je fais ça en atelier, c'est de l'artisanat. On est pas dans la même catégorie, lui c'est de la quenelle de 300. C'est beau, c'est beau. Moi j'invite Forisson au Zenith, j'taquine. Lui il fait une conférence internationale sur l'holocauste en mondio vision, pom pom girls... Avec un voile... Alors qu'est-ce qu'on lui reproche ? Les occidentaux lui reprochent de pas être obéissant. C'est vrai qu'en général ils mettent des mecs obéissants dans des pays où y'a du pétrole. » On est ici dans la méthode phare de Dieudonné, la provocation. Il jongle ici avec le vrai et le faux autour de sa propre personne et se met en scène ; nous ne savons plus s'il dit vrai, s'il est acteur de son propre rôle et dans quelle mesure il joue, déforme, arrange ou dés-arrange la réalité. La provocation vient de ce « jeu ». Mais dans le fond, de la même façon qu'il l'avait fait avec Jean-Marie Le Pen et Faurisson, il interpelle sur la façon dont ceux qui ne plaisent pas au système sont traîtés. Je ne vois pas de négationnisme ou d'antisémitisme dans cette quenelle, et s'il doit être question de la rapprocher par ricochet de l'antisémitisme que je qualifierai de présumé (car je n'en sais rien, et je m'en fiche...) d'Ahmadinejad, j'invoque comme Noam Chomsky l'avait fait pour Faurisson la liberté d'expression, mais sur ces sujets sensibles et douloureux. J'invoque aussi la nécessaire prise en compte du sujet dans son ensemble et l'impossibilité morale pour des gens de médias de rester à la surface des choses. Certes, user de l'humour pour ces sujets est délicats mais l'humoriste a pour vocation première de remuer, de faire réfléchir. A nous tous de rebondir, discuter, creuser. Creusons donc.
En 2011, dans le spectacle « Rendez-nous Jésus », il commence par : « C'est chaud, moi j'ai toute la fine équipe au cul, j'suis mal. Je ne peux plus jouer nulle part... de l'extrême droite à l'extrême gauche. C'est la première fois qu'ils signent un texte commun depuis 1945. Hè, y'a une quenelle qu'est pas passée [il fait une quenelle] ». Plus tard, parlant de l'affaire StraussKahn et de la façon dont certaines personnalités l'avaient défendu (à l'image de Jean-François Kahn qu'il cite lorsque ce dernier avait parlé de « troussage de bonne »), il dit : « Je suis un insolent, dès qu'il y a une faille dans le système j'la guette. [il fait la quenelle]... Dans ta gueule ! ».
Dans « Foxtrot » en 2012, après avoir répondu à Timsit qui l'attaquait, il finit par un pas de danse terminé par une quenelle sur un « Ceci étant précisé, place à la légéreté, place à la danse. »
A l'heure où j'écris ce texte, je n'ai fais qu'entendre le spectacle le mur et n'ai pas trouvé de moment où il évoque ou aurait pu faire la quenelle ; il m'est bien entendu impossible de le certifier, n'ayant eu accès qu'à la bande son.

Avant de passer au décryptage qui concerne l'antisémitisme dans les spectacles, il me paraît intéressant de m'arrêter sur le nombre de phrases ou de thématiques évoquées parlant des juifs et du sionisme. En effet, une critique qui est souvent revenue de la part de gens des médias (souvent d'autres « artistes ») s'appuyait sur le traitement du sujet des juifs « toutes les cinq minutes » dans le dernier spectacle « le mur » pour démontrer une dérive montante, une fixation, une extrémisation du propos d'un Dieudonné focalisé sur cet unique sujet. Il est d'ailleurs remarquable que cette expression, « toutes les cinq minutes », est très souvent revenue au mot près. Soit, comptons. 
Pour ce faire, j'ai revisionné l'ensemble des spectacles. Pour être juste, il est évident qu'il s'agit d'un comptage provenant de spectacles enregistrés et que des nuances doivent exister entre chaque représentation. Dans le tableau ci-dessous, j'indique combien de fois Dieudonné parle de juifs et du sionisme. Je distingue si cela est dit par un personnage que Dieudonné joue ou s'il s'agit d'une sorte de Stand up, comme il a l'habitude de le faire lorsqu'il évoque par exemple les poursuites à son encontre ou ce que disent certaines personnes de lui. Je distingue également si ce sont des phrases ou des sketches (dans le premier cas il s'agit de citations allant jusqu'à 157 mots dans le cas des juifs et jusqu'à 241 dans le cas du sionisme)
Première analyse, le dernier spectacle ne parle pas des juifs toutes les cinq minutes. Sur une durée de 1h30 (c'est la durée moyenne des spectacles de Dieudonné), 4 phrases et un sketch sur les juifs et le sionisme peuvent difficilement constituer un argument à charge.
La deuxième analyse consiste à observer que l'allusion aux juifs existait déjà dans ses deux premiers spectacles, puis ont disparu pour réapparaître à la suite du sketch dans l'émission de Fogiel. Une seule phrase sur 16 est dite en stand up, les autres au-travers de la bouche d'un personnage. Le sujet du sionisme est bien plus présent et constant depuis le 4ème spectacle avec 19 phrases et 6 sketchs. Il faut noter ici que la majorité de ce qui est dit l'est dit dans le cadre du stand up et non pas de personnages. Il ne s'agit pour autant pas de meeting politique, car dans ce stand up il se met en scène (lui et ses partenaires de scène)

Spectacle

 

Se rapportant aux juifs et / ou à la religion juive

 

Se rapportant au sionisme

 

Personnage

Stand up

Personnage

Stand up

« Tout seul », 1997

3 phrases

 

 

 

« Pardon Judas », 2000

2 phrases

 

 

 

« Cocorico », 2002

 

 

 

1 phrase

« Le divorce de Patrick », 2003

 

 

 

4 phrases

« Mes excuses », 2004

 

 

2 phrases

1 sketch (25mn)

« 1905 », 2005

 

 

 

3 phrases

« Dépôt de bilan », 2006

 

 

 

1 phrase

« J'ai fait le con », 2008

3 phrases

 

 

2 sketchs (6mn et 3min)

« Sandrine », 2009

 

 

 

2 phrases + 1 sketch (3mn) 

« Mahmoud », 2010

2 phrases

 

1 phrase + 1 sketch (21mn)

1 phrase

« Rendez-nous Jésus », 2011

 

1 phrase

1 phrase

 

« Foxtrot », 2012

2 phrases

 

2 phrases

 

« Le mur », 2013

3 phrases

 

 

1 phrase + 1 sketch (5mn)

graph-dcqed.jpg

Si nous comparons ces citations et sketchs aux autres thématiques récurrentes de Dieudonné, nous observons bien que les deux thématiques n'écrasent pas les autres. Le graphique ne fait pas état de l'ensemble des thématiques, mais seulement des plus utilisées. A noter que je n'ai pas poussé le vice à relever aussi précisément les données pour les autres thématiques. Ainsi, la thématique de l'africain revient à presque tous les spectacles sous la forme de sketchs qui apparaissent ici inscrits comme thématique (une phrase a la même force qu'un sketch sur le graphique).

Sur l'antisémitisme... J'ai longtemps hésité à reprendre les citations des spectacles qui peuvent être soumis à la question. C'est délicat pour plusieurs raison. 
La première est celle de l'extraction d'une phrase du contexte, non pas sémantique, mais du sktech. L'humour a cela de particulier qu'il est un ensemble de choses indissociables : le texte (ce qui est dit), le contexte (qui le dit, dans quel contexte sémantique, est-ce un personnage? Etc.), le jeu d'acteur (incluant le ton, l'expression du visage, etc.) et tout ce qui relève des signaux faibles (souvent non perceptibles). Ces derniers sont très importants car ils font sens tout autant que le texte et influencent ce dernier. Ainsi, lorsque nous reprenons une phrase d'un spectacle, nous conditionnons son sens en l'extrayant de ce contexte global et en lui injectant un nouvel contexte. Par exemple, tenir le discours « Dieudonné est antisémite » et l'illustrer par une citation en montrant par le ton de sa voix toute sa propre colère donne un autre sens perçu à la citation. Pour être juste, il faudrait à minima à chaque fois commenter l'ensemble d'un sketch duquel est extraite la citation.
Dans ce contexte-là, en effet, nous pouvons considérer deux choses : la première que de nombreuses phrases peuvent choquer. C'est indéniable. Mais pas moins que d'autres artistes qui s'en étaient expliqués (Coluche et Desproges) et se fichaient royalement de choquer des juifs offensés par leurs phrases ou sketchs ; pas moins non plus que bien d'autres phrases de Dieudonné à propos des noirs, des africains, des arabes, etc. La seconde considération se rapporte aux phrases qui assez objectivement « débordent ». A jouer avec les limites, il arrive qu'on les franchisses, ce qui est arrivé souvent à Dieudonné. Il me semble juste de considérer que la liberté d'expression doit s'appliquer, non pas a priori comme pour le spectacle « le mur », mais après coup.
Surt l'ensemble des spectacles, je relève ce qui, pour moi, relève d'un dépassement de limite :
En 2008 :« Julien Dray, il a le bras très très long. Il se gratte les pieds sans se baisser. C'est grâce à ça qu'il a piqué dans les caisses de partout où il est allé... Hein ? Je sais pas, un vieux réflexe... » L'humour sur « un vieux réflexe » pose problème car il associe le comportement de Dray à un « héritage » supposé. Problème pour moi, le second degré est difficile à défendre ici.
En 2013 : « Dieudo, c'est un discours sur un public mal averti qui peut paraître pour antisémite. Arrêtez avec l'antisémitisme, vous m'faites de la pub. J'ai le droit, je fais ce que je veux quand même ! J'ai pas dit que je ne le serai jamais ! Je réfléchis en ce moment. Je n'ai pas à prendre parti pour les juifs ou les nazis. Je suis neutre dans cette affaire. Je ne sais pas je n'étais pas né. Qui a commencé ? Qui a provoqué qui ? Qui a volé qui ? Bon, j'ai ma p'tite idée. » Dans cette citation, il part sur un second degré, mais à mon avis il glisse ensuite. Ce n'est pas drôle et c'est tendancieux, notamment car il n'est pas précis dans ce qu'il dit et laisse la possibilité à toutes les interprétations. Lorsqu'on connaît son discours, on sait qu'il fait référence à sans doute trop de choses en même temps, en mélangeant notamment le financement d'Hitler par les banques. Mais un tel discours ne peut être que celui d'un historien à mon sens, et dans le contexte de ce sketch il y a un abus du lien avec les juifs. Problème pour moi.
2013 : « Patrick Cohen, c'est un p'tit fils de déporté. Pas en ligne directe non plus... par l'intermédiaire de son chat. Lui, il a dit que j'avais un cerveau malade, à la télé, comme ça. Parce qu'il est neurologue apparemment. Ha d'accord, merde ! Je l'apprends. Lui, pareil, si le vent tourne j'suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise... faut qu'il aille vite. Quand j'l'entends parler, c'est j'me dis des fois, tu vois euh..., les chambres à gaz, si ! De toute façon je suis pas responsable, j'ai un cerveau malade. » La fameuse phrase sur Cohen. Le contexte : Cohen a traîté Dieudonné de cerveau malade et a dit qu'on ne pouvait pas tout dire. Dieudonné se venge ici. Il pose bien le contexte de l'humour : « il est neurologue apparemment ». Mais il dérive par une phrase difficilement défendable et pas drôle. Il eût gagner à s'arrêter là, il joue une provocation qui va loin, trop loin sans doute. Mais de là à interdire un spectacle et à mobiliser autant de CRS ?

Un reproche qui est souvent fait à Dieudonné est l'utilisation de la thématique du sionisme pour cacher son antisémitisme. J'ai deux requêtes à ce sujet : d'une part, les sujets sont très distincts dans les sketchs. Lorsqu'il parle de sionisme il ne parle pas du juif en tant que juif, mais du principe sioniste et de la défense, qu'il juge absurde, d'Israël, non pas en tant que nation juive mais en tant qu'Etat, par nos politiques et intellectuels. D'autre part, bien d'autres intellectuels posent la même question sans pour autant être attaqués comme l'est Dieudonné. Je pense notamment à Pierre Hillard et Jacob Cohen. M'est d'avis que l'humoriste qui rassemble des foules est considéré comme bien plus dangereux que l'intellectuel ; ce dernier aura beau rassembler preuves, documents, archives à ce qu'il avance, il n'aura jamais l'écoute qu'a le premier.

Sur le sionisme, j'invite le lecteur à ouvrir les livres de Shlomo Sand, qui fait notamment une historiographie très complète d'Israël et du peuple juif. C'est passionnant et ça montre combien le sujet est complexe et bien moins manichéen que la tourmente autour de Dieudonné veut laisser croire.

Dernier mot concernant le négationnisme. Il n'y a pas un mot à ce sujet dans les spectacles de Dieudonné, si ce n'est pour se moquer de la loi qui l'interdit. L'invitation de Faurisson sur scène est une provocation, forte et qui peut choquer, mais tout dans le « sketch » montre le second degré et l'axe de la liberté d'expression sur laquelle joue Dieudonné.