France2, média partisan

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Macron a lâché le mot ! "accroître la part de mérite, la part d'évaluation, dans la rémunération de la fonction publique, c'est une façon de la moderniser". Derrière cette phrase, il y a évidemment la tentative d'attaquer les droits sociaux et le fameux "coût du travail". Mais la question fondamentale selon moi est la façon dont les médias traitent cela. Car ils ne font pas que relayer la petite phrase, ils participent à une mécanique volontairement trompeuse dont l'objectif est de faire croire à de l'information quand la dynamique n'est que partisane.

Le soir même du jour où la petite phrase a été prononcée, France 2 nous propose un montage peu subtile mais dont les spectateurs sont habitués ; ils sont surtout habitués à boire les paroles, à ne pas se poser de question...

Le montage est un "reportage", il faut le dire vite, d'une durée d'une minute trente.
Les 20 premières secondes sont consacrées aux propos, coupés, du Ministre, suivies de dix secondes reprenant ceux de Marilyse Lebranchu : "tous les fonctionnaires sont d'accord pour dire que celui qui s'engage davantage doit avoir aussi une reconnaissance de ce qu'il fait". La voix Off poursuit par un simple "mais la Ministre sait aussi que le sujet est brûlant et suscite une forte opposition chez certains syndicats de fonctionnaires." Nous avons le droit alors à un syndicat CGT expliquant en moins de 15 secondes sa position.

Restons en là pour l'instant : trente secondes pour les Ministres, moins de la moitié pour l'opposition de la CGT et une voix off qui semblent donner la parole à cette dernière alors qu'elle jongle avec une transition maladroite qui semble souhaiter donner le change sans contester la Ministre. Pourtant le texte est clair, s'il y a opposition la Ministre ment. Et la Ministre ment, de toute évidence, car les fonctionnaires ne sont pas d'accord avec la prime au mérite. D'une part les syndicats s'empoignent depuis bien longtemps sur le sujet, d'autre part cette prime cause énormément de maux chez les fonctionnaires tant elle est absurde et mal faite. Mais France ne souhaite visiblement pas s'opposer aux Ministres.

Le montage n'a pas encore traité le sujet de la prime qu'il s'aventure déjà, au bout de cinquante secondes, dans de l’anecdotique. Ha non ! Du vécu, diront-ils ! Il faut bien illustrer. Alors prenons un exemple concret illustrant la prime au mérite. Au hasard, un cadre sup en cravate, un chargé de com complètement pour la prime. La conclusion est cinglante, France 2 a tranché : dans la municipalité présentée ici "même la  CGT a donné son accord".

Il ne s'agit évidemment pas d'un reportage, il n'en a que le nom ; c'est un montage partisan dont le but est double : prendre position pour la prime au mérite et détruire toute opposition à l'avance. 

Pourtant, il y a tant à dire sur le sujet. France 2 aurait pu :

  • parler de ce que la prime modifie dans le statut de fonctionnaire. On peut ici traiter ce sujet sans prendre position, car c'est un fait : la prime au mérite modifie fondamentalement le principe de salaire basé sur une grille. Il s'agit, quoi qu'on en pense, d'un éclaircissement essentiel pour comprendre les enjeux et ainsi comprendre pourquoi le Gouvernement attaque par ce biais.
  • expliquer ce qu'est la Fonction Publique et les différences qui existent sur le terrain entre une petite administration et une grande. Car la façon dont sont appliqués les textes dépend beaucoup de la taille de la hiérarchie. Mais pour cela, il faut un vrai travail d'investigation.
  • expliquer pourquoi et comment l'instauration généralisée de primes conduit inévitablement à baisser les salaires.
  • expliquer enfin que la prime au mérite dépend d'un entretien professionnel qui dépend totalement du "petit chef", du N+1 diront-ils... L'évaluation dont il est question est une absurdité doublée d'une manipulation. D'une part, dans une administration l'ensemble des primes est budgétée à l'avance selon la trésorerie. D'autre part, le N+1 a tout le loisir dans les faits pour faire ce qu'il veut...

Alors puisque France 2 est partisan, je vais à mon niveau témoigné de ce que j'ai vu. Pas une fois, pas deux : pendant 5 ans.
A l'université, la somme totale des primes est décidée en amont dans le budget annuel. Dans les dernières années, il était même décidé combien toucherait quelle prime : un niveau de mérite était attribué, de 0 à 3. Chaque Service se voyait octroyer un nombre de points que le supérieur hiérarchique avait la charge de distribuer. Ce système était déjà mieux que les premières années que j'y ai vécues, car auparavant quelques personnes commençaient par se partager entre le tiers et la moitié du montant total de la prime. Croyez-moi, ce n'étaient pas les balayeurs qui le faisaient... Ainsi, au moins deux personnes de l'établissement se donnaient comme prime plus que ce que d'autres touchaient en salaire annuel... Ca ne passe pas sur France2, ça.
Ensuite, les évaluations arrivaient. J'ai tout vu : le chef qui donnait la plus grosse prime à sa protégée qui lui offrait des tartes aux pommes dans le parking, la même protégée faisant des pieds et des mains pour avoir la plus grosse prime et criant partout qu'elle en avait besoin pour refaire le toit de sa maison, celui qui ne savait pas faire une évaluation, un compte rendu d'entretien qui contenait des choses non dites et ne contenait pas ce qui avait été dit, des évaluations positives donnant une absence de prime, etc. Une mascarade du début à la fin. Le copinage dans toute sa grandeur. La récompense inconditionnelle du mouton et la chasse au travailleur trop zélé qui s'oppose à sa hiérarchie incompétente.

Au final, la prime au mérite à l'université décourage plus qu'elle n'encourage. Pendant deux mois, les employés ont le moral en berne, sont démotivés, s'engueulent... Une grande réussite qui tranche totalement avec le peu d'investigation de France2.

Mais bon, en une minute trente que voulez-voir dire ?