Il est urgent de repenser le monde

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Nous n'avons sans doute jamais été aussi bas qu'aujourd'hui. La crise économique qui nous étaient imposée ne suffisait apparemment pas. Il nous fallait une crise politique profonde. Cette crise politique arrive au bout de la logique de la démocratie représentative et du glissement du clivage gauche / droite vers d'autres clivages. Certes, la ligne de démarcation gauche / droite s'est mutée en basculant les socialistes à droite, mais un nouveau clivage trans-partis s'opère sur la question de la nation, un autre sur la question de la légitimité du système actuel à penser et préparer l'avenir.

Nous n'avons jamais été aussi bas qu'aujourd'hui car la classe politique sombre dans une manipulation permanente, impuissante à régler quelque crise que ce soit. Cela amène un usage de la stratégie du choc comme jamais elle ne fût encore utilisée en France. Pourtant, si l'analyse avait été faite à temps peut-être aurions-nous pu imaginer un autre avenir : je me souviens que nous étions peu en 2002 à soutenir que Chirac faisait effectivement ce qu'il reprochait à Le Pen de faire s'il était élu. La suite a donné raison à ceux qui prétendait qu'il n'y avait rien de démocratique dans le fait de refuser la discussion. Chirac obtint un score de dictateur et gouverna comme un manche à balai et contre ses électeurs. Ca tombait bien, il n'y avait pas de programme politique. Plus tard, en refusant Sarkozy c'est Hollande sans programme que les français ont mis sur le trône. Il gouverne aujourd'hui comme un manche à balai et contre ses électeurs. 
Cette classe politique nous dit aujourd'hui qu'il faut combattre le FN et Daech, que l'un est l'autre. Elle nous dit aussi que pour notre sécurité nous devons accepter de perdre des libertés. Elle nous dit surtout qu'elle veut rester coûte que coûte sur le trône.

 

Orwell, 1984. Son roman tourne autour de l'idée d'un gouvernement autoritaire dont voici quelques éléments fondamentaux :

  • un Ministère de la vérité chargé de dire ce qui est vrai et ce qui peut être dit ; évidemment, le reste est interdit. C'est marrant, l'Europe aime bien le Ministère de la Vérité Ukrainien et défend cette Ukraine de néo-nazis... Et chez nous, les médias doivent suivre la ligne éditoriale du Ministère. A RMC, un journaliste ne l'a pas vu ainsi et s'est fait licencié. Je suis Charlie, Daech en veut à nos libertés, liberté de la presse, tout ça...
  • le métier du héros de 1984 est de réécrire le dictionnaire. L'objet est d'enlever les mots qui ne sont plus nécessaires. En fait, ce sont tous les mots à consonance négative qui sont enlevés. Pas besoin du mot "mal" car il suffit de dire "pas bien". Ce faisant, à terme, les gens ne peuvent plus penser négativement une chose puisque les mots ont disparu. Ca paraît léger comme ça, mais ça fait longtemps que les linguistes savent qu'on pense une chose grâce aux mots que nous avons et pas l'inverse. Exemple : comment demander la démocratie alors qu'on nous répète chaque jour que nous sommes en démocratie ? Comment pouvons-nous demander ce que nous sommes sensés avoir déjà ? Celui qui ne pense pas au-delà du mot ne peut pas formaliser la réalité du caractère démocratique / non-démocratique du pays dans lequel il vit. En France, certains questionnements d'enfant sont insupportables à des Ministres, ceux qui ne sont pas Charlie doivent être repérés et soignés, liberté d'expression, liberté de pensée, tout ça...
  • Dans 1984, la réécriture des articles de presse en fonction de l'événement est un travail quotidien. Ils ne s'embêtent plus dans le roman à se justifier : il est impossible pour les gens de penser un événement dans un contexte historique, plus large, et donc d'élaborer une pensée complexe des événements car les anciens articles sont tous réécrits de tel sorte à ce que l'actualité ne les fasse pas mentir. Pas d'Histoire, pas de traces, pas de contestation. Oh, ben ils n'ont qu'à tenir eux-même un journal des événements ? Ben non...Ecrire est interdit dans 1984. Tu écris, pouf : goulag. Donc, pas d'Histoire. Pas de recul, le gouvernement a toujours raison. En France, aujourd'hui, des sites internet sont fermés sans le recours d'un juge, les journaux réécrivent leurs anciens articles d'avant les attentats. Liberté de pensée, justice pour tous, tout ça...
  • Pour "unir" son peuple, le gouvernement de 1984 crée des guerres à l'extérieur afin de créer un climat de peur à l'intérieur. Effort, de guerre, sentiment national... C'est marrant, chez nous on nous demande de mettre les drapeaux aux fenêtres et de twitter des selfies bleu-blanc-rouge. On nous dit aussi de ne pas avoir peur, mais en créant un climat permanent de peur totalement déplacé. J'étais sur paris le 14 novembre et une chose était évidente, les parisiens n'avaient pas peur. Mais la force des images fait trembler la France entière... C'est marrant aussi : ma fille vu son activité à la patinoire de la semaine prochaine annulée. C'est la deuxième activité qui saute. La cause : les risques liés au 13 novembre... Ha ! Mais à part ça n'ayons pas peur... dans un climat de peur entretenu par le gouvernement, les médias et l'administration obéissante. La France forte et unie contre l'oppression, fière de ses libertés, tout ça...

On peut toujours nous dire qu'Orwell n'était qu'un écrivain et que 1984 est un roman. Certes. Mais :

  1. c'est un roman pensé selon ce que la science savait du comportement des gens face à l'oppression et du fonctionnement de notre pensée et du poids des mots.
  2. Orwell n'était pas en soi contre ce qu'il dénonçait dans le livre. Il était favorable à l'établissement d'un gouvernement mondial et a écrit ce qui pourrait arriver... Orwell aurait été pour l'Europe Constitutionnelle actuelle, pour le fédéralisme de celle-ci, pour l'union des USA et de l'Europe, donc du TAFTA.

Il n'y a plus aucun doute que nous avons glissé, c'est déjà fait, dans un gouvernement oligarchique autoritaire et policier. NOUS NE SOMMES DEFINITIVEMENT PLUS EN DEMOCRATIE. Il convient de comprendre :

  • qu'oligarchie signifie que les élus peuvent changer, le système demeure. Ils font partie du même moule. Des élus formés uniquement à faire fonctionner l'administration (qui dysfonctionne totalement par ailleurs)
  • que les médias font partie du même moule pour ce qui est des journalistes et sont possédés par les copains friqués de l'oligarchie pour ce qui est des propriétaires.
  • que les médias publics n'échappent pas à la règle.
  • que l'effacement de l'Histoire et du Français à l'école n'est pas une coïncidence.
  • que le Gouvernement Mondial se fera sans notre accord mais à nos dépends. C'est écrit depuis longtemps dans de nombreux livres. Les USA ont un plan qui nous inclus et nos élus les suivent aveuglément. Le dérèglement de régions entières et l'endettement permanent ne sont pas des défaillances, ils sont ce plan.
  • que l'école et les diplômes ne sont pas et n'ont jamais été une possibilité de sortir quelqu'un de sa condition sociale. Aujourd'hui, seules les grandes écoles permettent d'intégrer l'oligarchie. A chaque niveau, s'opère un formatage qui consiste à imposer au diplômé une vision métier, qui n'a plus rien d'historique, selon laquelle il faut appliquer des règles établies par d'autres. L'autonomie, le sens pratique, l'ingéniosité... tout ce qui rend possible la personnalisation du travail d'une personne a disparu au "profit" des méthodes projet. Personne n'y échappe, même pas et surtout pas les ingénieurs. Le formatage est de mise.
  • que la seule issue est d'exploiter au mieux les technologies numériques, non pas dans le sens d'un "savoir utiliser" qu'impose la société de consommation mais dans celui d'une maîtrise combinant savoir-faire, savoir-être, savoir-apprendre, savoir-enseigner ; dans le sens d'un partage sans limite des contenus au-travers de formats ouverts.

Il faut donc agir en conséquence :

  • avant toute chose : arrêter de cautionner et de donner légitimité et autorité aux élus de quelque bord que ce soit. Donc, arrêter d'aller voter, même blanc. La conséquence à moyen terme (voire même à court terme car ils en ont déjà peur et ça semble être déjà dans les cartons) sera l'obligation d'aller voter sous peine d'amende et de poursuites. Il le feront sans doute par la peur, encore la même stratégie du choc : la peur du FN. Il est fort probable qu'au-delà des prochaines régionales, ils nous diront que la France ne peut pas se permettre de laisser plus de régions au FN et certainement pas le pays, et que dans un élan national mais pas nationaliste nous devons faire barrage. Ils pourraient bien évidemment interdire le FN, mais il semble qu'ils ne le peuvent simplement pas constitutionnellement et en plus ce parti les sert en ce sens qu'il les aide à se maintenir au pouvoir et à nous maintenir dans l'état de peur. Le FN est aujourd'hui le parti utile qui permet de faire croire en une vraie rupture entre PS et UMP (pardon, les Républicains). Ca les arrangerait de nous forcer à aller voter : au nom de la démocratie, tout ça... Il faudra alors continuer de refuser d'aller voter. Avoir une voix consistera à agir ainsi.
  • éteindre la télé. C'est la médiation numéro une de cette vision de la société. Tout est à jeter et nous ne pouvons nous en rendre totalement compte que le jour où nous en sommes totalement dépollués. La télé agit comme une drogue chaque jour, insidieusement elle délivre son message et nous finissons par répéter ce que nous entendons. Nous sommes tous moins fort que la télé et l'accepter c'est accepter son message.
  • continuer à lire et écouter certains médias mainstream à la condition double de ne pas sombrer dans le flux d'infos imposé et de toujours creuser plus loin et ailleurs les infos reçues. Le mieux est même de les lire dans un second temps.
  • repenser l'éducation et l'instruction. Questionner l'école, sa place et sa nécessité : à qui est-elle utile dans notre système ?
  • et finalement repenser le travail. A qui est-il utile dans notre système ? Avant les crises régulières du capitalisme, une famille vivait sur un salaire. Aujourd'hui il faut deux bons salaires pour bien vivre. Où est l'arnaque ?

Conclusion des conclusions : nos enfants vont vivre dans un monde que nous ne connaissons pas encore. La rupture qu'il y a eu entre ma génération et la précédente n'est rien comparée à la rupture qui se crée actuellement entre la leur et les précédentes. Nos codes, nos modèles, ne leur seront d'aucune utilité. Seule la culture leur sera importante pour qu'il n'y ait pas de cassure culturelle et donc de désocialisation propice à les faire sombrer dans le nouvel esclavage de la marchandise en préparation : tous les sujets que j'ai cités sont liés. Démocratie, culture, langue, école, travail. Si nous n'aidons pas nos enfants à repenser le travail (vers une fin du travail salarié), à repenser l'instruction (vers la fin de l'école), à repenser la démocratie (vers la fin de l'oligarchie), à repenser la culture (vers la fin du mondialisme), ils n'auront pas les clés pour un monde dans lequel ils auraient une place d'individu sain et équilibré.

L'alternative est le monde d'Orwell.