Industrie Charlie #2

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Oui, je sais, j'ai craqué ! J'ai vu que Ruquier recevait Zazie dans son émission phare "On n'est pas couché" après mon article "Industrie Charlie". Je n'ai pu m'empêcher de vérifier la façon dont le réseau Charlie allait parler de l'album de leur chérie et surtout d'observer la pensée en puissance de la belle...

Je n'ai pas été déçu.

Durant l'interview qui n'en était pas une, tant personne n'avait strictement rien à redire de l'album et la carrière de Zazie, Yann Moix, après des questions en mode sketch qui n'attendaient aucune réponse, posa celle qui pût gêner l' "artiste" devant un tout autre auditoire : 

Dans Pise, vous dites "si le temps tient toujours debout, c'est que le temps n'a pas d'emprise. C'est comme ça que l'amour nous façonne. Ca résiste, ça penche comme la tour de Pise". Alors, ma première question :comment est-ce que l'amour nous façonne si le temps n'a pas d'emprise ? Et deuxième question : comment et pourquoi l'amour résiste si le temps n'a pas d'emprise ?

Question de sens qui met à mal le peu de pensée présent dans le texte et qui devrait interroger les médias spécialisés comme les plus généralistes quant à la pauvreté des textes des chansons de variété française, et surtout la façon dont ils se contredisent eux-même par manque de talent ou de travail de l' "artiste". Un tel travail est consenti, non sans talent, par LinksTheSun dans ses vidéos "non mais t'as vu c'que t'écoutes" mais jamais par des Ruquier ou autres Drucker. L'industrie ne permet pas la contre-publicité.

Mais qu'attendre de Zazie sinon ceci : 

"Bon alors, j'sais pas... votre intelligence et votre culture des mots... c'est vrai que... heu... moi j'me laisse assez bercer par la musicalité aussi des choses. Et donc j'peux vous dire tout et son contraire en trois lignes avec un aplomb dément. Heu... c'est un truc un peu instinctif, un peu animal, un peu sauvage comme les enfants en fait. C'est des jeux de mots et de temps en temps je me joue du sens mais avec délectation, quoi !"

Oui, mais voilà : ce n'est pas la question, et en un tour de passe-passe la Zazie bluffe toute l'assemblée avec une réponse qui n'en est pas une, tout autant que les questions précédentes n'en étaient pas non plus. Un prêté pour un rendu. Sauf qu'il y avait évidemment ici pour le coup une vraie question qui aurait pu être résumée ainsi : "expliquez-moi votre texte, parce qu'il me semble que vous écrivez juste n'importe quoi !"
La réalité est assez simple, Zazie a été mise face à son absence de travail, ou de talent, je le répète. Le sens est primordial dans un texte ; on nous bassine suffisamment souvent avec le traditionnel "dans la chanson, ce qui compte c'est les paroles" pour ne pas laisser passer cette absence de réponse. Il n'est pas question ici de la culture et de l'intelligence des uns et des autres, il est question de ne pas prétexter n'importe quoi : tout texte se doit d'avoir un sens, dans le cas contraire autant composer de la musique sans parole. Puisqu'il s'agit de chanson, il faut un texte et un texte ne peut pas dire n'importe quoi juste pour la "musicalité". La longue Histoire de la langue française nous prouve que de vrais auteurs parviennent, et c'est en cela que réside tout leur génie, à apporter au sens de leur texte une musique objective.

Ruquier, pour aller plus loin, ou pas d'ailleurs, interroge à son tour la Zazie dans un style à la Drucker :

"vous aimez jouer avec les mots, c'est ce que vous venez de nous dire d'ailleurs. Au désavantage du sens des fois ?"

Et la sauvée-des-eaux de répondre :

J'pense qu'il faut être assez humble par rapport au fait que c'est un format de chanson, accepter en toute humilité que parfois vous cédiez à une certaine musicalité du mot qui va vous emmener mais vraiment... pas totalement là où vous vouliez aller précisément. J'ai des chansons où je fais attention à être dans le sens, à être un peu austère, un peu plus dans le travail. Et puis y'en a d'autres où je me laisse moi-même aussi bercer par la chute, par le rythme du mot, en fait.

Nous n'aurons donc pas le méa-culpa de Zazie qui sombre dans la faiblesse qu'elle semble vouloir cacher. Il n'en est pas moins vrai que les textes de l'auteur ne sont pas de qualité ; ils collent tout au plus à ses musiques, c'est déjà pas mal mais insuffisant à mon sens.

L'objectivité d'un tel plateau est quoi qu'il en soit très Charlie : pas d'attaque des copains, un angélisme de tout instant, une tentative de faire croire à l'objectivité, mais là où d'autres se seraient vu répéter la question plus d'une fois, la chanteuse des beaux quartiers ne sera pas froissée... Nous sommes ici dans une mascarade, une illusion comique, un masque pour feindre la critique.

Même à l'instant où elle est questionné sur sa participation à une télé-réalité, elle ne sera pas remise en cause. Tout est là, dans la feinte : feindre la critique, feindre une réponse sensée. Zazie est juste un pion heureux de son bénéfice, un maillon de la chaîne industrielle et elle s'y plaît.

Ne l'oublions pas, nous sommes dans une industrie dans laquelle chaque niveau compte : la chanteuse doit à l'interviewer qui doit à la chanteuse... et le réseau est gigantesque.