La finance au pouvoir

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Après des décennies de libéralisme fou, un rapport de la FMI nous indique que la finance n'est pas un facteur clé de croissance. Ce rapport date étonnamment de 2014. Ce n'est pas le dernier, ce n'est pas non plus la seule fois où le monde entier ne tient pas compte des rapports qui démontre que l'économie sous tutelle de la finance est inopérante et ce n'est pas la dernière fois que les médias n'en parlent pas.

Dans le même temps, Mediapart nous fait part le 3 juillet, dans un article appelé "Le gouvernement l'assume : mon amie, c'est la finance", du voyage de Bruno Le Maire à New York et de quelques mesures folles qui ne tarderont pas à venir. Ces mesures ont pour objectif, sans doute vain, d'attirer la finance internationale qui pourrait (ce n'est même pas certain) déserter Londres à l'approche et à l'issue du Brexit.

A droite toute, donc, pour ce gouvernement qui, non content de vouloir développer le modèle d'entreprise le moins efficace au monde pour créer de l'emploi (la start up) et le plus efficace pour vendre des idées aux américains (la start up), part en quête de la finance et des banques. Puisqu'il est acté que la finance ne crée pas de croissance, pas d'emploi, et ne fait que dérégulariser, que personne ne s'attende à ce que quoi que ce soit ne soit fait pour le peuple. Finance, dérégularisation, pauvreté. Voilà le projet. Non, pardon, je ne m'y fait pas : le PROJEEEET !

Que nous est-il dit d'intéressant qui pourrait enfin, peut-être, convaincre les électeurs de Macron qu'il ont été dupé comme jamais ?

Tout d'abord, le ton est donné : « l’ennemi, ce n’est pas la finance, l’ennemi, c’est le chômage et nous allons tout faire pour faire revenir de la richesse, des investissements, des emplois en France » nous sert le Ministre, prouvant qu'il ne comprend rien à rien mais est prêt à tout pour imposer son idéologie libérale. Pour ce faire, il veut attirer les activités de marché (rien à voir avec l'économie réelle), l'ingénierie financière (rien à voir non plus) et les banques d'affaires (rien à voir, donc). Selon Mediapart, par un sonnant "La France est de retour", il a aguiché les banques avec de la pâtée pour chats et une lettre du Sire Louis Macron XIX fraîchement couronné. Il s'appuie sur la réforme du travail en cours pour les attirer et démontre par là-même que cette réforme n'a rien à voir avec nous, avec le travail. L'idée est libérale, mettre les travailleurs au pied du mur, personne qui dépasse, et proclamer bien haut et bien fort que la fête est terminée : la France des droits sociaux, c'est terminé, venez faire votre marché chez nous ! Ils sont beaux, ils sont beaux mes sangliers, heu... mes travailleurs pauvres...

Seraient également bientôt annoncées des mesures d'attraction pour la finance. Ho, peu de chose en somme : "La première est la suppression de la taxe sur les salaires qui frappent les entreprises non assujetties à la TVA, principalement les banques et les assurances. Cette taxe a la particularité de toucher principalement les entreprises offrant de très gros salaires, puisque son taux est de 20 % à partir d’un salaire annuel de 152 122 euros. Les banques sont donc particulièrement concernées par cet impôt et c’est une vieille revendication du secteur de s’en exonérer. Elle figurait déjà dans un rapport sénatorial de 2002, qui en demandait la suppression pour les banques françaises pour des raisons de « compétitivité ». Mais cette taxe, affectée au financement de la Sécurité sociale, a rapporté en 2016 quelque 11 milliards d’euros de recettes fiscales." Mediapart fait son travail, la presse ne le fait pas. Cette information est pourtant de première importance car ces beaux messieurs aux jolis salaires se contrefichent totalement que la sécu disparaisse. Ils peuvent se payer des mutuelles comme jamais la grande majorité des français ne le pourra. Pour nous, c'est la disparition programmée de cette sécu qui nous est indispensable.

Les étrangers qui viendraient travailler en France dans ces secteurs financiers ont bien entendu un régime d'imposition attractif. Nous apprenons même que la novlangue est de rigueur et tellement parlante : les immigrés version Macron ne s'appellent plus des immigrés mais des "impatriés". La classe ! Expatriés, je comprends, mais impatriés signifierait ... comment dire... que ces personnes auraient, par leur emploi à l'étranger, en France, une nouvelle patrie ? La patrie était la terre du père, la supercherie du terme a de quoi faire sourire ou énerver... l'arnaque sémantique est évidemment un subterfuge pour ne pas parlé d'immigration, pour ne pas non plus confondre ces immigrés de luxe avec les immigrés pauvres et les illégaux, et pour casser le discours nationaliste se référant à la nation et la patrie. Arnaque sémantique, donc.

Figure parmi les mesures, la superbe idée d'invasion étrangère par la loi : les entreprises étrangères de la finance qui choisiraient la "gare" France pourraient continuer de bénéficier de la loi anglaise. On imagine aisément le malaise lorsqu'elles brandiront cet avantage pour faire "bénéficier" les travailleurs des "avantages" étrangers et ainsi permettre enfin, par pure logique, les réels avantages qu'offre encore la France à ses travailleurs. 

La conclusion de Mediapart est sans appel : "Faire de la France un hub financier peut avoir des aspects extérieurs attrayants, mais c’est le moyen le plus sûr de détruire l’État social et de faire diverger les territoires. Là encore, l’exemple britannique est très parlant : Londres est une ville prospère qui profite beaucoup du secteur financier, mais le reste du pays est profondément délaissé. La désindustrialisation britannique a pu passer inaperçue vu du PIB britannique grâce à la finance, mais pas sur le terrain. (...) Les emplois et les investissements dont parle Bruno Le Maire grâce à la finance seront-ils assurés ? On peut en douter encore une fois au regard de l’exemple britannique où l’investissement productif est au plus bas, la productivité pratiquement sans croissance et où les emplois créés, s’ils sont nombreux, sont souvent précaires et avec des salaires bas et sans croissance. La croissance tirée par la finance est une croissance désindustrialisée, précaire et sans avenir."

Qui dit mieux ? Le Monde, Le Figaro ? Allez, y'aurait encore des journalistes dans ce pays, ou ils postulent tous à TPMP ?