Le temps des amalgames

05
02
14

Il y a quelque chose de très inquiétant dans la façon dont le politico-médiatique joue et traite de l'information depuis quelques semaines. Nous observons une montée des amalgames qui s'accompagne et se nourrit d'une perte de sens.

Je parle bien évidemment de la façon dont Manuel Valls et la horde d'intellectuels et journalistes (Finkelkraut, Haziza, Tesson, et j'en passe) se sont jetés sur Dieudonné en usant de procédés autant dénués d'intérêt que de sens critique. La passion, devrais-je dire la pulsion, guidait leurs propos et personne ou presque pour les contredire.

Je parle de la façon dont Peillon et Belkacem et la horde d'intellectuels et journalistes (quasiment tous pour tout dire) ont rejeté en bloc, contre leurs propres propos et les preuves factuelles.

Je parle surtout de la tendance à ramener toutes les oppositions à une extrême droite anti-tout ! Il n'est plus citoyen de s'opposer dorénavant. Nous serions complotistes, racistes, antisémites (il leur semble utile de distinguer antisémitisme et racisme), et donc anti-républicains. Je ne savais pas qu'être anti-républicain était devenu un déli, une faute grave, impardonnable. Il me semblait qu'un régime démocratique autorisait la contestation de son organisation et de sa propre existence. Visiblement, aujourd'hui en France, ce n'est plus le cas. Les socialistes, qui se disent à gauche, avec un coeur républicain, près du peuple, décident que cela ne doit plus être.

Le temps des amalgames est arrivé, comme le dénonce très bien Jacques Sapir. Ca semble être l'ultime arme d'une classe gouvernante et de son chien-chien médiatique pour tenter de faire oublier son incapacité à avoir un impact sur le pays ; elle ne gouverne plus qu'un pays aux prises à une Europe de cols-blancs sans aucune représentativité élective, sans aucune légitimité, qui décident des enjeux nationaux. Mais la nation s'en va et le peuple avec. Nos cultures s'évanouissent sous les coups d'un capitalisme mourant à la recherche de sa seule force vitale, la croissance illimitée, qui ira jusqu'au bout pour soumettre l'individu à la consommation. Dans cette quête, la destruction des cultures s'imposent, d'où cette globalisation à tous les étages. Quête futile mais destructrice dont les politiques se désengagent et que les médias ne comprennent pas.

L'amalgame semble être l'ultime arme pour écraser toute interrogation, tout sursaut de lucidité. L'amalgame s'oppose à la confrontation des idées ; c'est une position radicale, incapable de donner du sens. C'est une démarche aveugle et irresponsable.

Je ne vois que deux remèdes : arrêter de voter et éteindre la télé pour arrêter de cautionner. Car un enfant capricieux doit être isolé en attendant qu'il accepte de retrouver le chemin de la raison.

(photo : Casablanca driver. Dans cette scène, l'entraînement de Casablanca le surprend à manger des biscuits alors qu'il le lui interdit. Un gateau dans la main et le paquet dans le dos, Il nie en bloc en disant "nan, c'est pas vrai, c'est pas un gateau".)