Le vent dans les narcisses

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Il nous est dit que ça y est : les français ont parlé, ils ont demandé le changement. Par leur vote, ils ont rejeté les vieux partis car ils veulent du renouveau.

Il nous est dit que Macron est le symbole de ce changement. Changement de génération, changement de style, changement de méthode, changement de cap.

Il nous est dit que c’est le renouveau du politique et la fin de la politique.

Oui, mais ce n’est que du spectacle.

Regardons de plus près. Soyons curieux, arrêtons-nous sur les faits. Macron en tête du suffrage, à la tête d’un mouvement populaire, hors système, aurait surgi, comme ça, par un simple appel à la Nation il y a un an, par un travail d’un an à marcher pour écouter et construire un programme à partir des gens.

Un programme que le candidat a refusé de donner dans un premier temps, qui a tardé à surgir alors que tant de gens y avaient travaillé, et qui n’a pas surpris tant il était classique : un mélange de Hollandisme et de Thatchérisme, d’appel à l’envie et la joie d’entreprendre, un vide intersidéral sur tant de questions pourtant essentielles à commencer par le monde qui change et les facteurs écologiques.

Rien de nouveau.

Un mouvement populaire. Des gens, beaucoup. Il n’est plus besoin de compter les enquêtes qui ont terminé de convaincre que ce mouvement était du flan : des inscriptions sur le site internet comptabilisées comme membres aux salles vides, il y avait du flan dans tout cela. Il ne manquait que l’étiquette PS pour en faire du flamby… Alors, pourquoi ce mouvement a-t-il été qualifié de populaire par la presse ? Pourquoi nous a-t-on montré un engouement autour de quelqu’un de vide qui disait du vide et le disait mal ? Acceptons de regarder qui est derrière le personnage. Tant de puissants auraient-ils aimé voir du changement que le peuple lui-même aurait accepté ? Certes pas. Les médias ont porté Macron pour en faire un présidentiable jusqu’à l’excès ? A l’évidence.

Rien de nouveau.

Le contenu. Que nous dit Macron ? Il faut libérer le travail, tout déréglementer. Transformer la France en un pays anglo-saxon, espérer voir la lumière en acceptant de se serrer la ceinture. Le discours de Fillon, de Thatcher et tant d’autres, notamment de ceux qui ont gouverné la France depuis 40 ans.

Rien de nouveau.

L’homme maintenant. Qui est Macron ? Un protégé d’Attali, ayant travaillé dans le cadre de la commission du même nom lors de la Présidence Sarkozy. Conseillé à Hollande par le même Attali quand le candidat cherchait en 2011 un conseiller économique en vue de l’élection de 2012. A l’origine de tous les textes anti-sociaux pondus durant le quinquennat Hollande, à l’origine des textes favorables au Medef, l’un des principaux artificiers de l’échec du quinquennat, de l’échec du PS. Comment oublier dès lors, c’est une première, qu’il n’y ait pas eu durant la campagne électorale de critique du bilan du quinquennat ? Cherchez, vous ne la trouverez pas. Pourtant, le principal perdant était présent, c’était Macron.
Macron, rejoint très tôt par des membres du PS, sur le tard par des ministres et députés PS, et surtout jamais remis en cause par le PS lui-même qui laissera mourir son benêt de candidat, lequel aurait dû renoncer et leur dire un grand « merde ».

Rien de nouveau.

Du renouveau dans la façon de faire de la politique ? Même pas. Les forces de la finance et des médias autour de lui, déjà vu pour les résultats qu’on connaît. Pas de changement radical des institutions, pas de remise en cause du « système ».
Pire, souvenez-vous que dans son livre presque posthume « un président ne devrait jamais dire ça », Hollande regrettait que Cambadélis n’ait pas suivi son désir profond : se séparer de l’aile gauche du PS pour transformer ce dernier en un « parti du progrès », un rassemblement des progressistes autour d’un projet commun, libéral et européiste, mondialiste, plutôt au centre. Il n’est pas possible de savoir laquelle des hypothèses s’est révélée aujourd’hui : de deux choses l’une. Soit Hollande s’est fait grillé la priorité il y a un an par Macron qui rafle aujourd’hui les lauriers, récupérant le PS droitier qui n’a d’autre choix que de quitter le pédalo rose sombrant, soit Hollande avait sollicité Macron pour mener cette campagne et forcer les choses. Le mutisme de Hollande durant toute la campagne incite à penser que de toute façon les deux cas ne lui déplaisent pas.

De ce point de vue, les anciens partis ne sont pas morts. Nous avons assisté au début d’un glissement plus subtil que les changements de nom du feu RPR, mais il ne s’agit que d’un glissement du PS. La différence entre le glissement du PS et celui sémantique de Les Républicains est qu’il s’est opéré dans le même temps vers l’affirmation d’une identité bien plus à droite que sa précédente revendication. La carte des résultats ne nous trompe pas : comparez la carte 2017 et 2012, Macron gagne sur les terres du PS.

Mais dans l’ensemble, constatons-le, rien de nouveau du côté des manœuvres politiciennes. Le PS, comme Les Républicains, ont eu un comportement exécrable durant toute la campagne et LE politique est le seul perdant. Donc, le peuple.

Mais alors, s’il n’y a rien de nouveau et que l’arbre médiatique cache une forêt de changements en devenir, où était la forêt ? Ces pseudo-changements « en marche » n’existent en effet que pour taire l’énorme changement de monde que nous vivons et masquer les sujets essentiels dont le peuple devrait s’emparer afin de s’émanciper réellement : la véritable question du travail et non celle de l’emploi, le problème écologique et paysan, le contrôle de sa monnaie et des conditions de sa souveraineté. Autant de questions non traitées par l’oligarchie toute heureuse de voir son poulain en condition pour nous imposer le règne libéral ultime, le saccage de ce qu’il restait de 1945, la destruction du collectif au nom de la liberté de l’individu.

Le capital veut nous diviser et le fait au-travers de Macron qui nous ment de la plus belle des manières : « suivez-moi et vous serez libres ! ». Cette élection, mascarade « démocratique » parfaitement aboutie, était bien orwélienne, sous le signe du mensonge ; le bien est le mal et le mal est le bien. Dans cette société du spectacle que nous a longuement décrit Debord, l’orchestration du mensonge prend les airs du pervers narcissique qui nous invite à aimer lui ressembler, à solliciter les egos, à vouloir prospérer plutôt que vivre en harmonie, à demander la lune plutôt que se soucier de sa terre. Prenez donc garde ! Sachez que, sophiste émérite, le pervers narcissique a toujours le dessus sur l’honnête homme jusqu’à ce qu’il embarque tout le monde dans sa chute…