N'oubliez pas les paroles

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Notre gouvernement prend peur et commence à ouvrir les vannes de l'éducation aux médias. Cette discipline existe deepuis déjà longtemps : dans les années 2000, je m'y étais moi-même attelé et avais noté l'existence, sur internet, de nombreux sites, d'associations travaillant sur le sujet. A l'époque, tous regrettions le fait que les pouvoirs publics t l'Education Nationale en tête ne se souciaient pas de la problématique. Pourtant, le web en était encore qu'à ses débuts en France que le problème venait déjà de la télévision et son contexte tout autant complexe que toxique.

Aujourd'hui, c'est par peur de perdre des voix à cause de dissidents du système qu'il souhaite maintenir qu'il annonce campagne sur campagne au nom de la jeunesse. Jeunesse qu'il faut informer. Première erreur : il ne faut pas informer la jeunesse, il faut lui donner les armes pour décrypter, pour comprendre. Admettons simplement l'idée qu'une dictature puisse s'installer : aurions-nous alors mieux aidé notre jeunesse en l'informant ou en l'aidant à décrypter la propagande ?

Mais ce n'est pas ce que fait l'Education Nationale qui part en guerre contre des théories du complot. Ce concept est déjà lui-même un contre-sens. En effet, les personnes qui refusent de croire en l' "information officielle" considèrent, par analyse, qu'elle est un mélange désinformation, de mésinformation et qu'elle constitue par le fait une propagande. Très clairement, je suis de ceux-là. Ceci ne constitue pas pour autant une croyance en une théorie du complot. Il est tout à fait compréhensible et accepté par "la dissidence" que les choses sont plus complexes et moins manichéennes que ce dont le Gouvernement aimerait à nous faire croire. La propagande est systémique, elle découle d'un système dont le principe premier est de chercher à se maintenir. Elle n'est pas pensée, complotée, elle est induite.

De plus, la propagande sert un système néo-libéral dont le fonctionnement a été magistralement décrit dans "le nouvel esprit du capitalisme". Grosso modo, le capitalisme a pour principe de faire sienne toute critique à son encontre, de la digérer et d'en faire un atout. Le meilleur exemple en la matière est la pollution des voitures qui fut un problème pour l'industrie : cette dernière a vite retourné cette critique à son avantage en disant vendre des voitures qui protègent l'environnement. Un contre-sens publicitaire qui rentre dans les esprits. Il en va de même pour l'information, devenue un produit capitaliste.

Retour sur le principe de la théorie du complot : les critiques à l'encontre des dissidents utilisent des termes qui ne font plus d'eux des "théoriciens de la théorie du complot" mais des "complotistes". Contre-sens parfait mais qui les fait passer pour les "méchants". Critique capitaliste selon les principes du "nouvel esprit" puisqu'elle inverse le sens, se renforce de cette critique en désignant un "méchant" et fait oublier la critique première à son encontre.

Parfait exemple dans l'interview de la Ministre de l'Education Nationale par Nagui sur France Inter, durant laquelle plusieurs choses intéressantes sont dites.

Tout d'abord, cette absence totale de discernement. Les deux protagonistes sont d'accord pour grossir le trait et mettre dans un même panier désinformation (qui serait selon eux toute information non officielle), théories du complot et théories fumeuses du type extra-terrestres. Il s'agit d'un coup classique de chercher à ridiculiser les sceptiques de l'information officielle sous le prétexte que des "complotistes" pensent que l'homme n'a pas marché sur la lune ou que les E.T. sont parmi nous. Ce discours sert d'introduction, est parfaitement grossier et infondé. Oui, des débiles profonds pensent cela et croient tout ce qui leur passe devant les yeux. En quoi cela discrédite-t-il d'autres personnes ? En rien.

Ensuite, gros amalgame de la part de la ministre qui démontre en peu de temps le caractère infondé de sa "pensée". Notre chère Najat nous demande de croire en l'opposition formelle entre "vraie information" et "désinformation". La vraie information serait celle qui serait servie par de vrais journalistes et serait caractérisée par son caractère objectif. La désinformation ne serait pas objective et non sourcée.

Plusieurs choses doivent donc être dites pour contrer cette pensée pour le moins maladroite, pour le plus insultante.

Tout d'abord, la ministre confond l'information et l'analyse, nous faisant croire que l'analyse de l'information est de l'information et que seuls les journalistes ont la science de l'analyse.

Par ce fait, l'information serait ce qui est objectif. Elle explique notamment que plusieurs journaux, d'avis différents, peuvent donner une information différente. Le point commun serait le caractère cependant objectif de cette information.  Ceci est une explication, pardon madame la ministre, digne d'une adolescente pré-pubère. En effet, le moins qu'on puisse attendre de journalistes n'est pas l'objectivité, c'est à dire le fait de "dire la vérité". Il n'y a pas de sens à dire la vérité mais il y en a à décrire le plus justement possible la réalité des faits. Les faits devraient constituer la base de l'information. Or, il n'en est rien. Chaque jour, la presse et la télévision trichent sur les faits, l'AFP en tête. Du nombre de manifestants à l'absence totale d'information sur des sujets importants (le TAFTA par exemple) en passant par la complaisance à l'encontre des politiciens ne serait-ce que par simple omission, les faits ne sont pas respectés. Partant, les journaux seraient objectifs s'ils respectaient les faits et les analysaient. Mais ils s'arrangent des faits afin que ceux-ci servent leur propos. L'objectivité n'a donc rien à voir avec le principe de l'information.

Tous les jours, de trop nombreux journalistes professionnels désinforment (ne donnant pas les faits réels) et mésinforment (omettent volontairement des faits ou une partie des faits). Il n'y a pas de différence à faire à ce niveau-là entre l'information officielle et l'information populaire.

Du côté des sources qui n'existeraient que du côté des journalistes, cela prête également à sourire. En effet, chacun sait que le journaliste n'a pas à donner ses sources. Loin de moi l'idée de leur enlever ce principe qu'il est important de conserver dans l'objectif de la protection des sources. Mais il est faut de dire que les journalistes sourcent systématiquement leurs écrits. De nombreuses fois, il nous faut nous-même rechercher longuement une information : un chiffre, un pourcentage, la trace d'une étude, etc. D'autre part, les journalistes ont de plus en plus recours à des think tanks comme source d'information, sans dire qui est ce think tank. Pas besoin de préciser que ces derniers sont dans la très grande majorité des cas libéraux. Utiliser leur "études", leurs chiffres ou leur opinion, les faisant passer pour quelque chose d'objectif est simplement une manipulation des faits. Pour conclure, là-dessus, de très nombreux sites ou auteurs citent bien évidemment leurs textes et il est injuste de confondre la personne qui s'informe partout en tentant de comprendre et d'analyser les faits et celle qui croit dur comme fer le moindre powerpoint reçu dans sa boîte email.

Dans le décryptage de l'information, un sujet est prédominant que la ministre n'évoque jamais. Et pour cause, sa classe politique entière et les journalistes en abusent en permanence : la novlangue.

Utiliser un mot n'est pas anodin, le choix de chaque expression peut transformer les faits à loisir. A ce titre, je prends pour exemple un article de 20 minutes très intéressant en matière de novlangue. Les mots choisis par le Medef et repris par le journaliste sans aucune analyse sont intéressants : les modifications de la loi travail seraient un "recul", un "dé-tricotage", oubliant de rappeler que la critique populaire de la loi parlait elle-même de dé-tricotage du code de travail. Contre-sens volontaire oublié par le journaliste. Le Médef souhaite faire des propositions au Gouvernement pour "enrichir" le texte. Vocabulaire volontairement positif alors même que leurs propositions, déjà à l'origine de la loi, étaient considérées comme un appauvrissement du droit. Par de simples mots et un refus d'analyse de la novlangue, le journaliste n'expose ainsi pas des faits, mais une partie des faits retirés de leur contexte. Pas un mot non plus sur ce qui permet à une organisation syndicale patronale de discuter en direct avec le Gouvernement quand l'opinion populaire, elle, ne le pourra jamais...

Bref, lorsque Nagui et Najat sont dans un bateau, la novlangue ne tombe pas à l'eau.