Philo vs médias

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Un article de Coraline Bertrand, paru sur Rue89 le 30 mai 2011, et intitulé "Et si on enseignait la philosophie dès la maternelle" est l'occasion pour moi d'aborder la toxicité des médias sous un autre angle.

Pour commencer, je dois préciser que j'ai toujours milité pour l'importance de valoriser la parole de l'enfant dans notre société. Sans être une remise en cause de l'autorité parentale, cette valorisation, qui n'est en soi qu'une remise à sa juste place de l'enfant en tant qu'Etre, est un préalable à la réflexion libre, même tutorée ; si on le laisse s'exprimer, l'enfant s'autorise à penser, à interroger le monde, à se penser lui-même. Cette conception pédagogique se situe très loin de l' "enfant roi", et ne saurait y être comparée.

Même si la pratique de philosophie, de maïeutique surtout, était déjà pratique courante chez nous, l'enseignement lui-même de la philosophie est intervenu récemment dans mon choix éducatif, afin d'aider ma fille à organiser différents concepts. L'idée est de l'aider à structurer ses idées, à formaliser ce qui peut l'être, à poser les bases d'un questionnement quotidien. Très en phase avec les théories d'Edgar Morin, dont le fameux "Il faut apprendre à naviguer dans un océan d'incertitudes à travers des archipels de certitudes" (Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur), je me plais à croire que l'enfant ne doit pas être privé de la réflexion sur la complexité du Monde et encore moins des réponses que nous pouvons l'aider à construire ; comprendre le réel n'est rien sans la perception d'un absolu et de complexités dont il faut prendre conscience.

La philosophie aux enfants n'est donc pas une drôle d'idée, ou issue d'une pédagogie libertaire irréfléchie. Tout au contraire, elle inscrit l'éducation et l'instruction de l'enfant dans l'appartenance à la race humaine, animal doué de conscience.

Elle s'oppose surtout au désastre culturel des médias modernes, merveilles technologiques mais profondément ancrés dans un environnement de la consommation dont il ne peut se passer, sous peine de mourir, ou au mieux de muter : l'ensemble des médias tend vers cette fin unique qu'est de faire des enfants de futurs "bons" consommateurs. 

Citons en vrac : la télévision, qui doit sa survie à de puissants groupes marchands ; les dessins animés télévisés, produits néo et post-culturels (ils remplacent la culture, et inscrivent toute génération dans une césure avec les précédentes, réinventent un système de pensée collective entièrement tourné vers l'Avoir) ; la publicité à grande échelle sur tout support médiatisé ; le développement de réseaux sociaux appauvris du Sens ; la volonté farouche de fermer l'internet, premier média permettant l'expression de tous ; l'apparition des premiers outils sans clavier, privateurs d'une expression personnelle ; etc.

En premier lieu, tous ces médias simplifient, formatent le Monde, lorsqu'il leur serait demandé de le considérer dans sa complexité. En second, la valorisation de l'Avoir au détriment de l'Etre est au coeur des médias modernes et s'oppose à toute conception Humaniste de l'éducation. La philosophie dès l'enfance, bien loin de la conception qu'en a l'Education Nationale et son système trop tardif et trop peu ambitieux, est une voie nécessaire à mon sens. L'inverse est un non-sens, en tous les sens du terme.

Pour finir sur une belle phrase : « S'il peut y avoir un progrès de base au XXIème siècle, ce serait que les hommes et femmes ne soient plus les jouets inconscients non seulement de leurs idées mais de leurs propres mensonges à eux-mêmes. C'est un devoir capital de l'éducation que d'armer chacun dans le combat vital pour la lucidité. » Elle est d'Edgar Morin...