Quand le vide aspire le sang

05
06
17

Ce jour devrait être chômé, férié, sacré : BHL revient pour donner à qui veut l'entendre sa bonne parole : https://www.youtube.com/watch?v=vYk7hOIMM-c 

Le bonhomme de St Germain des Prés, fier de sa richesse matérielle et relationnelle, revient pour donner les bons et mauvais points. Et c'est du lourd, du très lourd.

Avant la soirée qu'il organise sur Paris intitulée "contre l'abstention" au cours de laquelle, accompagné de pseudo penseurs et de politiques qui ne le sont pas moins, il souhaite convaincre de la dangerosité de l'abstention et du vote blanc, il est l'invité des médias, éternel sauveur de la pensée unique, fier de son vide intersidéral qu'il renverse sur les ondes pour en éclabousser le peuple.

L'homme ne pense pas (qui est capable de résumer une idée phare de la pensée de BHL ?), personne ne le lit, personne ne l'écoute ou va voir ses films. Personne ne s'intéresse à lui, mais il est pourtant partout, auprès de tous les politiques du moment qu'ils fricotent avec le pouvoir, dans tous les médias pour prêcher une parole que personne ne veut entendre.

BHL, à lui tout seul, est un passage en force. A force d'entendre son vide, les mots qu'il emploie, grosso modo les mêmes que Valls (République, valeurs, démocratie), s'imprègnent dans les têtes ; à force de déclarer qui a le droit et qui ne l'a pas, qui l'on doit écouter et qui l'on ne doit pas, qui a droit de vie et de mort sur les autres, et à force que les médias se plaisent à globaliser et généraliser le procédé, cette vision du monde et de la pensée s'est installée. BHL contribue à installer de plus en plus profond un paradigme absurde et inabouti, très orwélien, emprunt de faux bons sentiments et de morale politique. La difficulté d'un paradigme est d'en sortir. Ici, nul choix, BHL interdit toute sortie de son paradigme : en dehors de lui, il n'y a que désastre et dés-humanité.

Cette demi-heure-là est pourtant exceptionnelle : BHL nous offre un condensé de l'absence de pensée du philosophe de gouvernement. Il traite de débiles, d'irresponsables ou de fascistes tous ceux qui ne sont pas d'accord avec lui. Il oublie bien volontairement des propos de Macron quand ça l'arrange, il parle de Valls comme un défenseur de la démocratie... Mélanchon serait quant à lui un irresponsable qui n'a pas dit ce qu'il ferait ; BHL oublie, nie, n'a pas entendu ça... La combine est simple : séparer les faits en deux parties, ceux qu'il garde, ceux qu'il nie... Et si vous n'êtes pas d'accord, attention au BHL inquisiteur, il vous soumet à la question !

Il est aujourd'hui intéressant de constater que le maître du vide absolu en matière de pensée philosophique défende bec et ongle le maître du vide politique, Macron. Attali, dans un élan d'honnêteté, des années après avoir vanté les qualités du Macron auprès de Sarkozy puis de Hollande et quelques mois avant de le défendre à la présidentielle, avait dit de lui qu'il était le nom "du vide, du vide de la politique française.".

Après une campagne électorale où des choses ont été dites concernant le cap à franchir, le changement de société qui arrive, le choix frontal entre deux directions pour privilégier une France au détriment d'une autre ou pas, les problèmes écologiques, les préoccupations concernant le travail enfin évoquées à côté de celles de l'emploi, et où, surtout, jamais depuis le Conseil National de la Résistance les écarts de classes sociales n'avaient autant marqués un scrutin national et les questionnements, Les médias nous endorment avec leur vide. Ce vide, ils le trouvent en Macron, dangereux pantin aux nauséabonds relans thatchériens déguisé en pseudo-antisystème ; ils le trouvent en des indestructibles bras droits comme Attali, et en ce clown de BHL. Le tout est mixé dans une production audiovisuelle dont la mécanique libérale et profondément propagandiste n'a pas encore terminé sa lente destruction de l'esprit critique.

Le final du maître du vide est grandiose, BHL nous sert un dessert aussi empoisonné qu'idiot : "une présidentielle à deux tours, ça marche comme ça ! Au deuxième tour (il en rit) faut choisir entre deux. C'est comme ça ! (...) C'est comme ça depuis le début de la cinquième République : y'a deux tours, au deuxième tour, la mort dans l'âme, parce qu'on est triste de s'être battu pour un candidat qui a perdu [notez que cette phrase est fausse parce que grammaticalement mal construite, c'est embêtant quand on se dit philosophe], parce qu'on l'a mauvaise, parce qu'on a... on a... on a... On, on n'est pas content d'avoir à voter pour quelqu'un qu'on a critiqué pendant des mois et des mois, on vote pour lui. C'est le principe même de la République, c'est le principe même de la démocratie : ce vote à contre-coeur. C'est ce qu'on appelle un vote de deuxième tour !"

Voilà ! En une tirade délirante, BHL tente de nous convaincre d'aller voter contre nos idées car le faire serait le fondement de la démocratie ! Les élections à deux tours, le principe électoral le plus débile au monde, seraient pour BHL le principe-même de la République, pire : le principe-même de la démocratie. BHL, mélangeant tout, confond un principe, la démocratie, avec un système électoral, une mécanique permettant de choisir un représentant. Comme si la démocratie représentative était la démocratie, pouvait se confondre avec elle comme dans une équation mathématique, comme s'il n'existait aucun autre système possible, comme si nous étions voués à nous soumettre à des représentants. Comme si notre système nous imposait de nous y soumettre, car au nom de la démocratie nous devrions oublier notre pensée pour accepter un système avec lequel nous ne sommes pas d'accord... C'est tortueux, c'est du BHL.

Dois-je réellement rappeler au philosophe défenseur de Macron dont il est lamentablement dit dans la presse qu'il aurait été un disciple de Paul Ricoeur, que ce même Philosophe, Paul Ricoeur, a défini la démocratie comme totalement contraire à tout ce que BHL défend depuis toujours :

«Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c'est-à-dire traversée par des contradictions d'intérêt et qui se fixe comme modalité, d'associer à parts égales, chaque citoyen dans l'expression de ces contradictionsl'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d'arriver à un arbitrage».

Tout l'inverse de notre système... Une définition qui nous invite à tout repenser dans notre système qui se dit démocratique. Je voudrais dire tout le mal que je pense de cette absence de pensée qui se fond dans la pensée unique qu'on nous somme aujourd'hui d'accepter comme seule voix possible : attention ! La nature a horreur du vide, et ce vide, ce gouffre de vide pourrait bien, s'il n'est jamais comblé par notre propre pensée, aspirer le sang. Reste à savoir celui de qui...