Quatre mépris et trois mensonges, c'est le quota de Raphaël

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"La seule menace qui pèse sur la démocratie, ce sont les 52% de paresseux qui s'indignent devant leur miroir, au lieu d'aller voter."

Cette phrase vient de la plume numérique de Raphaël Enthoven sur twitter (https://twitter.com/Enthoven_R/status/873998542041493505) au lendemain du premier tour des élections législatives. Raphaël est philosophe, c'est ce qu'il prétend et c'est ce que la presse s'accorde à penser de lui. Pour ma part, je doute.

Je doute qu'un philosophe, à moins de se complaire dans l'imposture et l'auto-autorisation à abuser des mots, à l'image d'un Manuel Valls toujours sûr de lui, puisse se confondre en une seule phrase à autant de contresens et de contre-vérités.

Ma première remarque concerne "au lieu d'aller voter". Il ne devrait pas avoir échappé à M. Enthoven qu'en France le vote n'est pas obligatoire. Par conséquent, les classiques "voter est un devoir" ou "le devoir des citoyens" qui font la une des médias lors des élections ne se réfèrent à aucune réalité. Ils ne sont que l'émanation de pensées non abouties mais dont la formulation sous forme de slogan interpelle. Pourtant, si le vote n'est pas obligatoire il devient logiquement déplacé de reprocher à quiconque de ne pas l'utiliser.

Ma deuxième remarque concerne "les 52% de paresseux". Pour qui ose y regarder de plus près, ce qualificatif donne le ton du propos : Raphaël est en colère, s'indigne, s'agace pour quelque chose qu'il trouve honteux. Mais Raphaël ne peut pas inscrire son propos dans l'acceptation du choix des non votants et décide donc de lâcher sa haine en désignant l'ensemble de ceux-ci de paresseux. Il n'échappera à personne qu'il est simplement impossible d'admettre que tous les non votants ne se soient pas déplacés par paresse. La paresse est ici celle du stagiaire-philosophe qui refuse de voir au-delà se son émotion. Pire ! Comment ne pas admettre la réalité de l'abstention comme un acte volontaire, un choix de ne plus cautionner le système politique actuel, de ne plus participer à valider l'élection de personnes corrompues, menteuses, méprisantes pour le peuple, soumis aux forces de la finance, etc. ? Après que tant de monde ait manifesté depuis des mois son désir profond de ne pas aller voter en argumentant autant, il n'est simplement pas possible pour un philosophe digne de ce nom de nier cette réalité.

Ma troisième remarque porte sur la démocratie. Tout d'abord, après qu'autant de monde ait vomis sur les agissements et les tromperies de la classe politique et au moment où le gouvernement s'apprête à inclure dans le droit commun plusieurs mesures de droit "divin" présentes dans l'Etat d'Urgence, un être normalement constitué et ayant tout son esprit ne peut en aucun cas nier que la situation entière de l'Etat et de la classe politique actuels, de la façon dont sont votées lois, de la façon dont sont désignés les décideurs constituent la vraie menace pour la démocratie. Le peuple, lui, ne peut pas constituer cette menace, surtout s'il s'agit pour lui de revendiquer son droit à refuser d'être abusé plus longtemps par ceux censés le défendre.

Ensuite, soyons sérieux ! Un régime dans lequel le vote serait obligatoire peut-il honnêtement s'appeler une démocratie ? Peut-on, en démocratie, forcer le peuple à choisir ses "représentants" sans lui permettre de remettre en cause l'ensemble du système électoral, du système politico-médiatique, des rapports de forces, etc. ? Je ne pense pas. De plus, ce régime nous saoule depuis trop longtemps avec des injonctions qui font de toute opposition quelque chose d'anti-républicain, comme si tout ce qui n'est pas républicain serait mauvais par nature. Rien de neuf ici : dès la Révolution Française, les républicains ont éliminé, jusque par le sang, ses ennemis. Or, comment peut-on appeler un régime qui n'en admet aucun autre ?

Une réponse, M. Enthoven ?