Un autre mode de vie est possible

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Que nous apporte réellement notre mode de vie et que nous apprend-il sur nous ? Quels en sont les bénéfices ? Sont-ils au moins supérieurs aux problèmes qu'il engendre ?

Reprenons dès de départ : quel est notre mode de vie ? Par quoi se définit-il ? Il me semble que pour y répondre il convient de trouver le facteur le plus influent sur le mode de vie à tout âge. Dans ses premières années, un enfant se voit imposer un rythme et un environnement déconnecté de son propre rythme. Il est évident que les modes de garde modernes, d'ailleurs eux-mêmes de mauvais ersatz de ce qui devrait être des modes d'éducation, sont induits par l'activité des parents. Les enfants se voient également imposer une école rythmée par la vie professionnelle : le jeu des congés payés et des fermetures estivales priment sur une école maître de son organisation. Tout tourne donc autour de l'activité professionnelle. Or l'activité professionnelle est-elle une fin en soi ? Est-elle un mode de vie nécessaire, un besoin vital ? Non, évidemment non. L'activité professionnelle n'est que la matrice moderne permettant de répondre, indirectement, aux besoins vitaux qui sont se nourrir et se loger ; elle ne répond pas au besoin de sécurité (ou très indirectement, et seulement pour les familles les plus aisées) et encore moins au besoin affectif. Cette activité professionnelle n'existe que par l'influence croissante de la monnaie dans les échanges. L'humanité a connu d'autres modes de vie répondant à ces besoins, mais il se trouve que depuis la seconde Guerre Mondiale un mode quasi-unique s'est imposé, basé sur le développement des industries et la désertion des campagnes. La quasi-totalité de l'alimentation s'est industrialisée, détournant l'activité humaine des activités traditionnelles. Cette nouvelle forme d'organisation de la société, industrielle, centralisée et mondialisée, a transformé les savoirs. Ceux qui nous conduisaient à faire société par leur partage et leur héritage ont peu à peu disparu pour laisser la place à de nouveaux savoirs sans cesse renouvelés pour les besoins de l'industrie et de la modernisation des fonctions professionnelles. De métiers nous sommes passés à des activités professionnelles déconnectées des besoins premiers de l'Homme. Nous nous sommes prolétarisés, avons perdu nos savoirs. Nous ne savons plus élever nos enfants, nous nourrir, nous soigner, etc. Pour chaque savoir, la société a organisé une industrie ou une administration qui mutualise, administre, distribue, décide, impose, etc.

Pour tous ces nouveaux savoirs, il nous faut payer. Nous devons les consommer en les payant, car ils correspondent à une activité professionnelle derrière laquelle quelqu'un doit être payé, ce dernier ayant besoin d'un salaire pour consommer à son tour ses besoins. Nous ne sommes pas dans une société du partage, mais de la consommation payante de biens et services industriels pour lesquels, afin de les obtenir, nous devons exercer une activité professionnelle rémunérée.

Ainsi, c'est d'abord par l'argent que la société nous met en concurrence frontale, nous oppose, nous divise. Nous pourrions tout aussi bien produire pour tous et organiser une autre industrie, une industrie basée sur tout autre chose que la nécessité de consommation et de croissance. Une industrie répondant ni plus ni moins aux besoins et n'acceptant comme progrès que ce qui ne fait pas peser à la planète plus qu'elle ne peut supporter.

C'est donc cette activité professionnelle qui organise tout le reste : notre vie de famille, nos loisirs, notre vie sociale, celle de nos enfants, leur éducation, leur instruction, etc. Tout passe après et s'organise en fonction.

Les conséquences ? Une pression sur le travail. Devenant vital, une concurrence existe, des rythmes inhumains sont imposés, une perte de sens par la marchandisation de toute chose. Le travail fait mal, de plus en plus. Une pression sur le logement que nul n'a régulé puisqu'il n'est pas considéré comme un besoin premier et qu'il passe après la question financière. Un dérèglement de tout ce qui est essentiel : l'alimentation, mondialisée et industrialisée contre tout le bon sens du monde ; l'instruction, centralisée et confiée à des Etats tout à fait conscients du même coup de priver le peuple de toute appropriation du sujet ; la liberté, violée, volée au nom de la question financière.

Que nous apporte notre mode de vie ? Violence, perte de sens, mal-être. C'est un mode de vie hors sol, déconnecté peut-être définitivement de tous les savoirs ancestraux cumulés jusque là. L'industrie les a remplacés, volés, détruits. L'industrie, celle-là même autour de laquelle s'organise nos emplois, doit être repensée pour que nos vies retrouvent un sens. Nous ne sommes pas employables au nom de ce mode de vie. Nous avons le droit de requestionner notre mode de vie et de sortir de cette voie sans issue humaine. 
Nous devons oser penser l'industrie autrement ; oser refuser la croissance. Osons être objecteurs de décroissance sans pour autant accepter d'etre traités de regressifs. Objecter la décroissance, c'est au contraire souhaiter des lendemains plus heureux et plus réfléchis car la croissance nous mène au chaos. Nous n'avons pas besoin de tout ce que nous avons et nous devons refuser qu'autant d'humains restent sur le bas-côté.